mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401688 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ELIGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, M. B C, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 014-2024A du 9 février 2024 par lequel le maire de la commune d'Echillais (Charente-Maritime) instaure une circulation à sens unique dans la rue de Martrou et la rue du Bac.
Il soutient que :
- en raison de l'étroitesse des voies et de la disposition factuelle des lieux, l'application de l'arrêté litigieux l'empêche de pénétrer en toute sécurité dans sa propriété ;
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la mise en œuvre de l'arrêté litigieux est accidentogène et met ainsi en danger les usagers de cette voie de circulation, qui seront au demeurant encore plus nombreux pendant la période estivale ; les précédentes mesures, consistant à interdire la circulation aux camping-cars, n'ont pas été suffisantes ; la signalisation est inadéquate ; sa femme et ses enfants, bientôt jeunes conducteurs, sont obligés, pour rentrer dans leur domicile depuis la date de l'arrêté attaqué, soit d'opérer un demi-tour sur une voie particulièrement étroite en présence d'autres conducteurs, soit de prendre un sens interdit sur 70 mètres ou alors d'effectuer une marche arrière sur la même distance ;
- il existe un doute manifeste quant à la légalité de la décision contestée, dès lors que le maire de la commune d'Echillais a reconnu, lors d'échanges avec la compagnie d'assurances du requérant, que la mesure de police litigieuse était accidentogène ; la mesure n'était pas nécessaire, car la circulation se faisait auparavant en double sens et permettait à chacun de circuler librement ; elle n'était pas adaptée, dès lors que, en octobre 2021, une première mesure d'interdiction de circuler dans les deux sens avait été prise et avait dû être modifiée en janvier 2022 du fait des inconvénients de celle-ci ; elle n'est pas proportionnée, dès lors qu'elle interdit à plusieurs personnes d'entrer ou sortir de leur garage et restreint également drastiquement leur liberté d'aller et venir en les contraignant à exécuter des manœuvres injustifiées et disproportionnées au regard du but initialement recherché ; elle porte atteinte à son droit d'aller et venir ; elle porte atteinte à son droit de propriété, l'empêchant d'entrer et de sortir paisiblement de son domicile.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, la commune d'Echillais, représentée par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, en l'absence de recours au fond contre la décision litigieuse ;
- l'urgence n'est pas démontrée ;
- la mesure ne porte pas une atteinte grave aux intérêts du requérant ; le doute sérieux quant à la légalité de la décision n'est pas établi.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 2 juillet 2024 sous le n°2401687 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lassalle, greffière d'audience :
- le rapport de M. A ;
- les observations de M. C qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et de Me Dunyach, représentant la commune d'Echillais, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le maire de la commune d'Echillais (Charente-Maritime) instaure une circulation à sens unique dans la rue de Martrou et la rue du Bac.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. M. C, pour démontrer l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de l'arrêté, fait valoir que la décision litigieuse est accidentogène et met ainsi en danger les usagers de cette voie de circulation, que son application intervient avant la période estivale, période pendant laquelle les flux de circulation sont appelés à augmenter, que les précédentes mesures, consistant à interdire la circulation aux camping-cars, n'ont pas été suffisantes, que la signalisation mise en place est inadéquate et que sa femme et ses enfants, bientôt jeunes conducteurs, sont obligés, pour rentrer dans leur domicile depuis la date de l'arrêté attaqué, soit d'opérer un demi-tour sur une voie particulièrement étroite en présence d'autres conducteurs, soit de prendre un sens interdit sur 70 mètres, soit d'effectuer une marche arrière de 70 mètres. Il résulte de l'instruction que le requérant, qui a eu connaissance de l'arrêté du 7 mars 2024 une semaine avant son édiction, n'a introduit sa requête contre celui-ci que le 2 juillet 2024, soit près de 4 mois après sa mise en application. S'il allègue que les flux routiers ont pu récemment augmenter en raison de l'afflux de touristes pendant la période estivale, il ne l'établit pas. Dans ces circonstances, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, n'est pas remplie. Dès lors, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par M. C.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. C.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à la commune d'Echillais.
Fait à Poitiers, le 17 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
R. A
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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