lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
Vu la procédure suivante :
I. Par la requête n° 2401701, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 3 et 5 juillet 2024, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une carte de résident ou à défaut un titre de séjour " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors que ce refus est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation et méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la préfète ne pouvait rejeter sa demande au motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors que la commission du titre de séjour a émis le 28 décembre 2023 un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 613-1 et les 2° à 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par la requête n°2401702, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 3 et 5 juillet 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que cet arrêté doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 4 mars 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 10 janvier 1992, est entré en France le 13 août 1992 dans le cadre du regroupement familial. Il s'est vu délivrer une carte de résident valable du 23 avril 2008 au 22 avril 2018. Le 17 mai 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par la requête n° 2401701, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par la requête n°2401702, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
2. Les requêtes, enregistrées sous les numéros 2401701 et 2401702 concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que la préfète des Deux-Sèvres n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". d'autre part, aux termes de l'article L. 423-7 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la préfète des Deux-Sèvres s'est fondée, pour prendre sa décision de refus de titre de séjour, sur les dispositions de l'article L.432-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a retenu que le bulletin n°2 du casier judiciaire de M. B comporte 9 condamnations dont, de 2012 à 2014, des peines d'emprisonnement ferme allant de 2 mois à 6 mois prononcées par le tribunal correctionnel de Toulouse pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade commis en septembre, novembre et décembre 2011 et de vol en réunion en récidive commis le 12 novembre 2012, ainsi qu'une peine de quatre mois d'emprisonnement prononcée le 18 juillet 2017 par la cour d'appel de Toulouse pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D en récidive, recel de bien provenant d'un vol, une peine de 6 ans d'emprisonnement prononcée par cette même cour le 28 novembre 2018 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances (en récidive) et recel de bien provenant d'un vol, pour des faits du 11 juillet 2016, l'intéressé ayant en dernier lieu été condamné à un an d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Toulouse le 1er avril 2019 pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance (en récidive) puis par le tribunal correctionnel de Foix le 19 avril 2019 pour des faits de recel de bien du 22 novembre 2018. S'il ressort également des pièces du dossier que le requérant est le père d'un enfant né le 27 juillet 2020 de nationalité française, qu'il a reconnu le 28 septembre 2020 alors qu'il était en détention à Perpignan, il n'établit pas par les pièces qu'il produit qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis plus de deux ans. En outre, si la ressortissante française qu'il a épousée le 11 mars 2023 précise dans l'attestation du 4 juillet 2024, au demeurant postérieure à la décision en litige, qu'il prend en charge, notamment quand elle travaille, ses deux enfants issus d'une précédente union et celui qu'elle a eu avec M. B, cette seule allégation n'est pas de nature à établir une contribution effective à l'entretien de cet enfant. Il en va de même des autres attestations produites par le requérant qui sont toutes postérieures au refus de titre de séjour et émanent de proches dont la mère de son épouse. Dans ces conditions, eu égard à la nature, à la gravité et au caractère réitéré des faits reprochés à l'intéressé dont certains sont relativement récents et qui à eux-seuls sont de nature à caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public et alors que les pièces produites par celui-ci, qui sont postérieures à la décision attaquée, n'établissent pas suffisamment les perspectives d'embauche dont il se prévaut ni une quelconque forme d'intégration ou d'insertion dans la société française, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B au regard de la menace à l'ordre public que représente son comportement.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 1992, à l'âge de 7 mois, dans le cadre du regroupement familial et s'est marié le 11 mars 2023 avec une ressortissante française dont il a eu un enfant né le 27 juillet 2020 qu'il a reconnu. Toutefois, ce mariage est récent et, comme il a été dit plus haut, l'intéressé n'établit pas qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis plus de deux ans. En outre, il ne démontre pas qu'il aurait tissé en France des liens stables et anciens de nature à caractériser une insertion durable et réelle, notamment professionnelle, dans la société française alors qu'il ne dispose d'aucune ressource propre. Enfin, eu égard à ce qui a été dit au point 5, et notamment les nombreuses condamnations pénales et les faits répréhensibles qui lui sont imputés et dont il ne conteste pas la matérialité, et alors qu'il n'établit ni le caractère réel et sérieux des perspectives d'embauche dont il se prévaut ni une quelconque forme d'intégration ou d'insertion dans la société, la présence en France de M. B représentait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en dépit de l'ancienneté de la présence en France du requérant et de l'avis favorable émis le 12 décembre 2023 par la commission du titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B, doivent être écartés.
8. En quatrième et dernier lieu, la circonstance que la commission du titre de séjour à émis le 12 décembre 2023 un avis favorable à la délivrance à M. B d'un titre n'est pas de nature à faire obstacle à la décision de refus prise par la préfète dès lors que cet avis ne présente que le caractère d'un avis simple et ne lie pas l'autorité administrative.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas illégale. Par voie de conséquence, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.
S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant doit être également écarté.
11. En second lieu, si le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 613-1 et les 2° à 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés de la préfète des Deux-Sèvres en date des 6 juin 2024 et 1er juillet 2024 portant respectivement refus de titre avec obligation de quitter le territoire français sans délai et assignation à résidence. Ses conclusions en annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent donc être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à la préfète des Deux-Sèvres.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. C
La greffière d'audience,
Signé
C. BERLAND
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET 240170
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026