vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL BONNEAU CASTEL PORTIER GUILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, M. C, représenté par la SELARL Bonneau Castel Portier Guillard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 31 mai 2024 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale ou étranger malade dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée, en l'empêchant de percevoir l'allocation adulte handicapé et l'allocation logement, le prive de ressources, fait obstacle à ce qu'il puisse bénéficier des soins que justifie son état de santé, et a pour effet de le placer dans une situation précaire ;
- son état de santé se détériore et nécessite des soins réguliers ;
- la condition d'urgence est présumée satisfaite en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- le refus de renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'en l'absence d'amélioration de son état de santé, le préfet ne pouvait pas se fonder sur un avis négatif du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), de surcroît ancien puisque rendu en 2022 ;
- le refus de renouvellement de son titre de séjour vie privée et familiale est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas divorcé et qu'il participe à l'entretien et l'éducation de son enfant ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 juillet 2024 sous le numéro 2401766 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après lecture du rapport de Mme B ont été entendues les observations de Me Portier, représentant M. A qui maintient ses écritures, et qui précise que le rapport de l'enquête sociale ordonnée par le juge aux affaires familiales n'a pas été rendu, que M. A a de nouveau travaillé aux Francofolies de La Rochelle en juillet 2024, et qu'il a pu accueillir son fils une semaine complète ce même mois en vacances.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 17 novembre 1983, est entré sur le territoire français le 20 janvier 2014, sous couvert d'un visa de long séjour valable du 30 décembre 2013 au 3 décembre 2014. Il a bénéficié de plusieurs titres de séjour en qualité d'étudiant, valables pour la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017, puis en raison de son état de santé, du 1er octobre 2017 au 15 avril 2022. A la suite de sa demande de renouvellement de son titre de séjour le 28 mars 2023, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de la décision de refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
4. Il est constant que M. A bénéficiait, jusqu'à la décision attaquée, d'un titre de séjour et peut, par conséquent, invoquer la présomption d'urgence mentionnée ci-dessus. En outre, le refus de renouvellement du titre de séjour attaqué place le requérant en situation irrégulière alors qu'il séjourne en France depuis dix ans sous couvert de titres de séjour successivement renouvelés et met en péril sa situation financière, la caisse d'allocations familiales ayant cessé de lui verser les allocations dont il bénéficiait jusqu'au mois de mai 2024 inclus au titre de son handicap et de son logement, alors que la maison départementale des personnes handicapées lui a accordé un droit à l'allocation adulte handicapé à compter du 1er juin 2023 sans limitation de durée. Dès lors, la condition d'urgence doit être regardée comme étant remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui réside en France de manière régulière depuis janvier 2014, a bénéficié du regroupement familial pour son épouse et son fils, qui sont entrés en France à ce titre au cours de l'année 2021, et qu'ils se sont séparés à compter de fin novembre 2022 à la suite d'une dispute ayant donné lieu à l'interpellation du requérant pour violence sur conjoint, devant mineur, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Si le préfet soutient que M. A ne justifiait pas participer à l'entretien et l'éducation de son enfant à la date de la décision attaquée, le requérant, auquel un jugement du juge aux affaires familiales de La Rochelle du 2 février 2023 attribue un droit de visite un samedi sur deux, produit toutefois une série de factures d'achat de chaussures et de vêtements pour enfant s'étalant sur les trois dernières années, correspondant aux différents âges de son enfant, et alors que le jugement précité le dispense de verser une contribution à l'entretien et l'éducation de son enfant compte tenu de son état d'impécuniosité. Par ailleurs, bien que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 31 mai 2022 indique que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, il ressort des certificats médicaux produits entre 2016 et 2024 que le requérant présente des séquelles sévères d'une poliomyélite contractée alors qu'il avait deux ans, qui nécessite un déplacement en fauteuil roulant électrique au quotidien et qui le rend désormais, d'après le certificat du 17 mai 2024, éligible à une chirurgie du rachis pour diminuer la scoliose sévère dont il souffre également. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, et malgré une insertion professionnelle fragile eu égard aux faibles revenus que le requérant dégage par l'activité de revente de vêtements qu'il exerce depuis la fin de l'année 2022 comme autoentrepreneur et par l'emploi de contrôleur qu'il a occupé en 2023 lors des Francofolies de La Rochelle, le moyen tiré de ce que le préfet de la Charente-Maritime aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que, les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 31 mai 2024 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour.
Sur l'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
9. Eu égard au caractère provisoire des mesures de référé, la présente ordonnance implique seulement que le préfet de la Charente-Maritime délivre à M. A une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre audit préfet d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 31 mai 2024 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint préfet de la Charente-Maritime de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, valable au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et préfet de la Charente-Maritime.
Fait à Poitiers, le 26 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
S. GIBSON-THERY
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026