mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401783 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, Mme A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Elle doit être regardée comme soutenant que l'arrêté attaqué porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 2005, déclare être entrée irrégulièrement en France le 11 février 2024 en provenance d'Espagne. La comparaison de ses empreintes digitales avec celles enregistrées dans la base de données Eurodac a permis d'établir qu'elle avait franchi irrégulièrement la frontière de l'Espagne le 24 octobre 2023. Après avoir recueilli, le 2 mai 2024, leur accord implicite pour la prise en charge de la demande d'asile de Mme C, le préfet de la Gironde a décidé, par un arrêté du 28 mai 2024, de prononcer son transfert aux autorités espagnoles. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Mme C fait valoir que son compagnon et elle ne parlent pas l'espagnol, mais parlent le français, qu'elle bénéficie à l'hôpital d'Angoulême d'un suivi médical pour la tuberculose dont elle est affectée et que son compagnon fait du bénévolat auprès de la communauté d'Emmaüs de La Couronne en Charente. Toutefois, l'intéressée n'établit pas que le suivi médical dont elle bénéficie en France ne pourrait se poursuivre en Espagne. En tout état de cause, les éléments versés aux débats ne suffisent pas, compte tenu de l'entrée en France particulièrement récente de Mme C et de l'absence de liens privés et familiaux en France autres que ceux entretenus avec son compagnon, lequel fait également l'objet d'une mesure de transfert aux autorités espagnoles, à caractériser l'existence de liens particulièrement intenses en France.
4. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. BLa greffière,
Signé
C. BERLAND
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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