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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401791

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401791

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures
Avocat requérantSALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 22 juillet 2024 qui n'ont pas été communiquées, M. B A, représenté par Me Salle, demande au tribunal d'annuler les décisions du 2 juillet 2024 par lesquelles la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans à compter de son éloignement.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité compétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit.

Par un mémoire enregistré le 16 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres a informé le tribunal que M. A, détenu au centre pénitentiaire de Poitiers Vivonne, était susceptible d'être libéré le 3 août 2024 et a demandé, en application de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'audiencement de l'affaire selon la procédure prévue par l'article R. 776-29 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Salle, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et fait plus particulièrement valoir que M. A souffre de troubles psychiatriques de nature schizophrénique, pour lesquels il suit un traitement au sein du centre pénitentiaire qui ne pourra pas perdurer en cas de retour au Sierra-Léone. Il précise également que les troubles à l'ordre public qui lui sont reprochés sont dus à ces troubles psychiatriques.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 22 juillet à 17 heures 00.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, se disant ressortissant sierra-léonais, né le 7 juillet 1995, est, selon ses déclarations, entré en France le 1Er août 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 décembre 2019, toutefois annulée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 juin 2021, qui lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire. Par une décision du 30 novembre 2023, l'OFPRA a cessé de lui reconnaitre le bénéfice de la protection subsidiaire. L'intéressé a sollicité, le 14 février 2024, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étranger malade ". Par des décisions du 2 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans à compter de son éloignement. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux étrangers détenus : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ". Aux termes de l'article R. 776-29 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant l'expiration du délai de jugement prévu, selon le cas, au dernier alinéa de l'article R. 776-13 ou à l'article R. 776-13-3, l'administration en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. / Sous réserve des adaptations prévues à la présente section, il est alors statué selon la procédure prévue à la section 3 du présent chapitre, dans un délai qui ne peut excéder huit jours à compter de l'information prévue au premier alinéa. " Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 776-17 du même code : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en raison de la date de libération prévisionnelle de M. A, il y a lieu pour le magistrat désigné, statuant selon la procédure des articles L. 614-9 à L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de se prononcer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et de celle portant interdiction de retour sur le territoire français. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, qui relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal, doivent être renvoyées devant ladite formation collégiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté du 11 décembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs consultable sur le site internet de la préfecture et donc accessible tant par le juge que par les parties, la préfète des Deux-Sèvres a donné délégation à M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise au visa, notamment de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique qu'il a perdu le bénéfice de la protection subsidiaire et que sa demande de titre de séjour a été refusée suite à l'avis défavorable du 21 juin 2024 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). En outre, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier qu'une interdiction de retour ne soit pas prise. La décision énonce notamment avoir procédé à un examen d'ensemble de la situation de l'intéressé afin de fixer la durée de cette interdiction, notant que le collège de médecins de l'OFII a rendu un avis défavorable et qu'il constitue une menace pour l'ordre public, étant connu défavorablement des services de police, notamment pour de nombreux faits de vols en 2023, et étant actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Poitiers Vivonne suite à sa condamnation par un jugement du tribunal judiciaire de Niort du 9 janvier 2024 à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et dégradation, ou détérioration, de bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est ainsi suffisamment motivée. Par suite, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Les décisions attaquées ne sont pas davantage entachées d'un défaut d'examen de sa situation.

6. En troisième lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bienfondé, alors qu'au demeurant il résulte de ce qu'il précède que le collège de médecins de l'OFII a rendu un avis défavorable à sa demande de titre de séjour portant la mention " étranger malade " et qu'il est connu défavorablement des services de police.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète des Deux-Sèvres ainsi qu'à Me Salle.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. C

La greffière d'audience,

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

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