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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401808

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401808

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401808
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de M. B, qui contestait le refus de l'INSPE de l'autoriser à redoubler sa première année de master. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car M. B n'a pas justifié avoir entrepris des démarches suffisamment concrètes et personnalisées pour une réorientation avant la date butoir du 30 juin 2024, et que les difficultés invoquées ne caractérisaient pas une atteinte grave et immédiate à sa situation. Par ailleurs, aucun des moyens soulevés, tirés notamment de la méconnaissance des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'éducation et de l'erreur manifeste d'appréciation, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, M. A B demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions du 4 juillet 2024 et du du 8 juillet 2024 du directeur de l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE) en tant qu'elles lui refusent le redoublement de sa première année de master " métier de l'enseignement, de l'éducation et de la formation ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre à l'INSPE de l'autoriser à poursuivre son projet professionnel en redoublant son second semestre.

Il soutient que :

- il a obtenu une moyenne de 9,853 sur 20 au second semestre mais n'a pas pu avoir accès à ses copies, alors que sa moyenne de l'année s'élève à 11,318 sur 20 compte tenu de sa validation du premier semestre avec une moyenne de 12,782 sur 20 ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est privé de toute orientation pour l'année 2024-2025, son ajournement et l'impossibilité de redoubler lui ayant été notifiés trop tardivement, après le 30 juin 2024, alors qu'il n'avait que jusqu'à cette date pour solliciter son redoublement sur la plateforme " Mon master " ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision prise à son encontre, qui méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'éducation et qui est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en le privant de toute orientation et en l'absence de prise en compte de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2024, l'université de Poitiers conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable, d'une part, faute de requête en annulation au fond, et, d'autre part, le message électronique attaqué du 4 juillet 2024 ne constituant pas une décision susceptible de recours.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 juillet 2024 sous le numéro 2401807 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sandra Gibson-Théry pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gibault, greffière d'audience, Mme F a lu son rapport et entendu :

- Mme D C, représentant M. B, qui reprend ses écritures et fait valoir, en outre, qu'il formulé un recours gracieux auprès du directeur de l'INSPE par message électronique le 7 juillet 2024 ainsi que par un courrier du 8 juillet 2024, et un recours hiérarchique auprès de la responsable du master " métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation " par un courrier du même jour, qu'il a reçu des réponses négatives par messages électroniques des 9 et 11 juillet 2024 des universités de Tarbes, Nanterre, Bordeaux et Rennes à la suite de sa demande de redoublement dans leurs établissements, que l'université de Poitiers ne peut lui répondre avant la fin du mois d'août sur sa demande de réorientation en DEUST, qu'il a fait l'objet d'une agression physique le 2 avril 2024 ayant occasionné quinze jours d'arrêt maladie juste avant les épreuves du second semestre et l'ayant fragilisé sur le plan psychologique, qu'il n'a pas pu bénéficier d'une session de rattrapage pour les seules unités d'enseignement (UE) du second semestre qu'il n'a pas obtenues, et qu'il est suivi par la psychologue de l'Université de Poitiers depuis septembre 2023 compte tenu de ses difficultés d'ordre personnel pourtant connues de l'université ;

- M. E, représentant l'université de Poitiers, qui persiste en ses moyens de défense, et soulève un autre moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête dès lors que M. B, s'il a bien présenté les recours administratifs dont il entend se prévaloir, n'a pas attendu d'obtenir une réponse avant de former un recours contentieux, lequel est donc dirigé contre une décision inexistante.

La clôture de l'instruction de l'affaire a été reportée au 26 juillet 2024 à 14h00 afin de permettre à M. B de justifier des faits allégués à l'audience.

M. B a produit, le 25 juillet à 13h44 puis à 13h55, les recours administratifs qu'il a transmis à l'université de Poitiers, le message électronique du directeur de l'INSPE confirmant le refus de redoublement, le certificat médical lui prescrivant un arrêt maladie en avril 2024 et les messages électroniques négatifs des autres universités auprès desquelles il a sollicité un redoublement.

Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2024 à 13h57, l'université de Poitiers soutient désormais que le refus de redoublement opposé à la demande de M. B du 7 juillet 2024, émis le 8 juillet 2024 par le directeur de l'INSPE, est suffisamment motivé par les faibles résultats que M. B a obtenus à deux des UE majeures dans sa spécialité, qu'elle n'était pas tenue d'organiser des épreuves de seconde session pour ces UE, dont l'évaluation était réalisée en contrôle continu intégral, conformément au règlement des examens de l'INSPE adopté pour l'année universitaire 2023-2024, que la circonstance que ses copies ne lui ont pas été remises est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, et que les motifs du refus de redoublement ne sont pas entachés d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors, d'une part, que le redoublement en première année de master n'est pas de droit en vertu du règlement des examens de l'INSPE, dans la filière de M. B aux capacités d'accueil contingentées, et que, d'autre part, le jury d'examen a émis un avis défavorable à son redoublement.

Considérant ce qui suit :

1. M. B doit être regardé comme demandant la suspension de l'exécution des décisions du 4 juillet 2024 et du 8 juillet 2024 du directeur de l'INSPE par lesquelles il n'a pas été admis à redoubler sa première année de master " métier de l'enseignement, de l'éducation et de la formation ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'éducation : " () Les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil pour l'accès à la première année du deuxième cycle. L'admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () Les diplômes nationaux délivrés par les établissements sont ceux qui confèrent l'un des grades ou titres universitaires dont la liste est établie par décret pris sur avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Sous réserve du livre IV de la sixième partie du code du travail, ils ne peuvent être délivrés qu'au vu des résultats du contrôle des connaissances et des aptitudes appréciées par les établissements accrédités à cet effet par le ministre chargé de l'enseignement supérieur après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Un diplôme national confère les mêmes droits à tous ses titulaires, quel que soit l'établissement qui l'a délivré. / () Les aptitudes et l'acquisition des connaissances sont appréciées, soit par un contrôle continu et régulier, soit par un examen terminal, soit par ces deux modes de contrôle combinés. Les modalités de ce contrôle tiennent compte des contraintes spécifiques des étudiants accueillis au titre de la formation continue. (). Elles doivent être arrêtées dans chaque établissement au plus tard à la fin du premier mois de l'année d'enseignement et elles ne peuvent être modifiées en cours d'année ".

4. A l'appui de sa demande de suspension, M. B, qui soutient tout d'abord être privé de toute orientation pour l'année 2024-2025, son ajournement et l'impossibilité de redoubler lui ayant été notifiés trop tardivement, après le 30 juin 2024, alors qu'il n'avait que jusqu'à cette date pour solliciter son redoublement sur la plateforme dédiée à cet effet, a pu toutefois contester la décision de non-admission au redoublement dont il demande la suspension, d'abord par courrier électronique du 7 juillet 2024, puis par recours administratifs auprès du président du jury et de la responsable du master par courriers postaux du 8 juillet 2024 réceptionnés le 9 juillet 2024. Le président du jury lui a confirmé, par un message électronique du 8 juillet 2024, qu'il n'était pas admis au redoublement compte tenu de l'absence d'automaticité du redoublement en M1 en cas d'ajournement, et de ses " faiblesses majeures dans les UE disciplinaires ", auxquelles M. B a obtenu 5,25 sur 20 dans l'UE1 sur les savoirs académiques " Activité physique sportive ou artistique (APSA) de spécialité " et 4,50 sur 20 dans l'UE2 sur les savoirs académiques " projet d'intervention professionnel ", trop importantes pour permettre d'accorder des points de jury. A cet égard, il résulte de l'article 6.1 du règlement des examens de l'INSPE en vigueur pour l'année 2023-2024 que le redoublement en première année de master n'est pas de plein droit, de l'article 13.1 du même règlement que " les UE évaluées en contrôle continu intégral ne donnent pas lieu à une seconde session ", et de son article 9 que les semestres ne se compensent pas entre eux. L'université n'avait donc pas, ainsi qu'elle le soutient, à permettre à M. B de participer à une session de rattrapage pour ces UE1 et 2. S'il ressort, par ailleurs, de la délibération du jury que le comportement de M. B aurait également motivé l'avis défavorable émis quant à son redoublement, il résulte de la décision du président de jury attaquée qu'il ne s'est pas appuyé sur ce motif pour la prendre, et que l'université n'a engagé aucune poursuite disciplinaire à l'encontre de M. B, compte tenu des difficultés personnelles qu'il soutient rencontrer et qui justifient son suivi par la psychologue de l'université depuis le mois de septembre 2023. Dès lors, en l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées, les circonstances qu'il n'ait pu consulter ses copies et que sa demande de redoublement dans d'autres universités n'ait pas abouti étant à cet égard sans incidence. Par suite, les conclusions à fin de suspension formées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ni d'examiner si la condition d'urgence est remplie.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à l'université de Poitiers.

Fait à Poitiers, le 29 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

S. GIBSON-THERY

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière

Signé

G. FAVARD

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