lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401834 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, le département de la Charente-Maritime, représenté par la présidente du conseil départemental, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B A du domaine public maritime qu'il occupe sur le port de Marans (Charente-Maritime), avant les travaux prévus pour remplacer la travée levante du pont du Brault, qui sera fermé à la navigation du 16 septembre au 9 décembre 2024, l'expulsion, si besoin avec le concours de la force publique, ne pouvant dès lors qu'être réalisée les 20, 21, 22 et 23 août 2024, pour tenir compte du coefficient de marée devant être égal ou supérieur à 100, nécessaire à l'évacuation du bateau par voie d'eau.
Il soutient que :
- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que la présence du voilier de M. A à terre, sans qu'il ait obtenu d'autorisation à y résider, porte atteinte à la sécurité publique et à la salubrité publique, au bon fonctionnement du service portuaire en raison de l'occupation par M. A d'un emplacement de la zone technique dédiée à l'entretien et aux petites réparation des bateaux, fait obstacle à la réalisation du projet d'aménagement de l'aire technique du port et porte atteinte à l'image du département de la Charente-Maritime ;
- il n'existe aucune contestation sérieuse à ce que le juge des référés ordonne l'expulsion, M. A occupant le domaine public portuaire sans droit ni titre au moins depuis le 14 septembre 2023, et ayant été mis en demeure le 19 juin 2023 de libérer la zone technique avant le 1er août suivant ;
- la mesure demandée présente un caractère d'utilité au regard de la nécessité d'assurer la sécurité publique, de préserver l'intégrité du domaine public portuaire et d'aménager la zone technique du port de Marans.
La requête a été communiquée à M. B A le 17 juillet 2024, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gibson-Théry, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bompas, greffier d'audience, Mme Gibson-Théry a lu son rapport et entendu Mme C, représentant le département de la Charente-Maritime, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, propriétaire du bateau " Nonna ", a été destinataire d'un courrier du 19 juin 2023, qui lui a été notifié le 28 juin suivant, par lequel il a été mis en demeure d'évacuer son navire du port de Marans avant le 1er août suivant, et informé qu'il était redevable d'une pénalité de 30 euros par jour, à compter du 28 juin 2023, jusqu'au départ de son bateau. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé par le surveillant des ports départementaux le 19 septembre 2023 afin de constater l'occupation illégale de la zone technique du port de Marans par M. A depuis 2018, qui, en outre, réside dans son bateau. Le département de la Charente-Maritime demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de l'intéressé le 20, 21, 22 ou 23 août 2024, seules dates au cours desquelles le coefficient de marée est suffisamment élevé pour en permettre l'exécution, si besoin avec le concours de la force publique.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire du domaine de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.
3. Aux termes de l'article L. 1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le présent code s'applique aux biens et aux droits, à caractère mobilier ou immobilier, appartenant à l'Etat, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu'aux établissements publics. ". Aux termes de l'article L. 2122-1 de ce code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". L'article L. 2122-2 du même code dispose que : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire. () ". Enfin, selon l'article L. 2122-3 dudit code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable ".
4. Il résulte de l'instruction que M. A, qui utilise son bateau comme logement, ne dispose plus, au moins depuis le 14 septembre 2023, date à laquelle un courrier du même jour lui a été remis en mains propres, d'une autorisation d'occuper un emplacement dans le port de Marans. En outre, le département fait valoir que le maintien de son bateau dans la zone technique du port, qui méconnaît l'article 4.2 du règlement particulier de police et d'exploitation du port de Marans limitant à sept mois la durée pendant laquelle un occupant de bateau peut l'utiliser comme habitation lorsqu'il est à quai, fait obstacle à l'accès d'autres usagers à cette zone, pourtant consacrée à l'entretien et aux petites réparations de leurs bateaux, ainsi qu'à la réalisation du projet d'aménagement de l'aire technique du port, qui fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 10 juin 2024 de prescriptions particulières et nécessite l'évacuation de toute la zone avant le 31 octobre 2024. Le département soutient également que l'occupation illégale des lieux par M. A porte atteinte tant à la sécurité publique qu'à la salubrité publique, l'accès au navire de l'intéressé étant assuré par une échelle verticale non sécurisée, et des matériels divers et des déchets étant abandonnés par l'intéressé aux abords de son bateau. Dans ces conditions, et en l'absence de contestation sérieuse de sa part à ordonner l'expulsion demandée par le département de la Charente-Maritime, tant l'urgence que l'utilité d'une telle mesure d'expulsion demandée sont justifiées.
5. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à M. A de libérer la zone technique du port de Marans, au plus tard le 20, 21, 22 ou 23 août 2024, compte tenu tant de la grande taille de son bateau, dont l'évacuation par voie d'eau ne peut avoir lieu que lorsque le coefficient de marée est supérieur ou égal à 100, que du démarrage des travaux du pont du Brault débutant le 16 septembre 2024, qui feront obstacle au passage des bateaux sortant du port de Marans à compter de cette date. Dans l'hypothèse où M. A ne procéderait pas à la libération des lieux, le département de la Charente-Maritime sera autorisé, par les moyens légaux de son choix, et aux frais, risques et périls de M. A, à procéder à son évacuation de cette partie du domaine public portuaire, et en recourant, en tant que besoin, au concours de la force publique, sans qu'il soit nécessaire de l'y autoriser spécialement.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. A de libérer la zone technique du port de Marans avec son bateau, au plus tard le 20, 21, 22 ou 23 août 2024, dans les conditions précisées au point 5 de la présente ordonnance.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au département de la Charente-Maritime et à M. B A.
Fait à Poitiers, le 29 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
S. GIBSON-THERY
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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