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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401846

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401846

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDESROCHES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. C, représenté par Me Desroches, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée avec la société " Buffascope " depuis le 1er septembre 2023 pour lequel il bénéficie d'une autorisation de travail ; la décision litigieuse le prive ainsi de ses ressources et de la possibilité de poursuivre son intégration professionnelle ; sa compagne est en congé parental, sans rémunération, pour leur enfant née le 17 janvier 2024 ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ;

- en effet, il n'est pas établi qu'elle ait été prise par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'une défaut d'examen de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-20 du code du travail ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le requérant ne démontre pas être menacé de la perte d'emploi à la suite du refus de titre de séjour contesté ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sur la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 juillet 2024 sous le numéro 2401845 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Berland, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu Me Desroches, représentant M. A, qui reprend l'ensemble de ses moyens et conclusions.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 1er septembre 1999, est, selon ses déclarations, entré en France le 17 janvier 2020. Il a sollicité, le 22 mars 2023, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par des décisions du 1er juillet 2024, le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de son éloignement. M. A demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " et aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Si la demande présentée par M. A porte sur la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " salarié ", le requérant affirme sans être sérieusement contesté que la décision attaquée a pour conséquence de menacer l'exécution de son contrat à durée indéterminée signé avec la société " Buffascope ", pour un emploi de serveur depuis le 1er septembre 2023. Il s'ensuit que la condition tenant à l'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux :

6. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ".

7. Il résulte de l'instruction, et des termes mêmes de la décision litigieuse, que M. A a produit, dans le cadre de sa demande, une autorisation de travail favorable, délivrée par les services du ministère de l'intérieur et des outre-mer, en date du 10 juillet 2023, pour son emploi en qualité de serveur au sein de la société " Buffascope ". Dans un tel contexte, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de sa demande et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A.

8. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de cette décision doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction avec astreinte :

9. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de la Vienne procède au réexamen de la demande de M. A et édicte une décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de dix jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en qualité de salarié, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desroches, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à cette dernière. Dans le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le préfet de la vienne a rejeté la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de procéder au réexamen de la demande de M. A et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de dix jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en qualité de salarié, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué.

Article 4 : L'Etat versera à Me Desroches la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, au préfet de la Vienne ainsi qu'à Me Desroches.

Copie en sera donnée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Poitiers, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

V. B

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

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