jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401866 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ROBILIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Robiliard, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution des décisions du 16 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Vienne a prononcé son expulsion du territoire français et l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où il n'obtiendrait pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée s'agissant d'une décision d'expulsion ; en tout état de cause, la décision d'expulsion porte une atteinte grave et immédiate à sa situation alors qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée et que la décision le prive de la possibilité de voir ses deux enfants ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision d'expulsion :
- la décision a été signé par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 631-1, L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision d'assignation à résidence :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'expulsion ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses modalités.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2401865 enregistrée le 17 juillet 2024 par laquelle M. A demande l'annulation des arrêtés du 16 juillet 2024.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenu en présence de Mme C :
- le rapport du juge des référés, Mme B ;
- les observations de Me Robilard, représentant M. A, qui a repris ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant haïtien né le 26 janvier 1995, est entré en France le 11 juin 2009 à l'âge de quatorze ans dans le cadre d'un regroupement familial. A sa majorité, il a bénéficié de cartes de résident en tant qu'enfant de français valables du 3 juillet 2013 au 2 juillet 2033. Par deux décisions du 16 juillet 2024, le préfet de la Vienne a prononcé son expulsion du territoire français au motif que sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public et l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne où il est autorisé à circuler pour une durée de 180 jours en l'astreignant à se présenter les lundis, mercredis et vendredis à 8h30 hors jours fériés à la brigade de gendarmerie de Chauvigny. Par la présente requête, M. A demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de ces deux décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder provisoirement l'aide juridictionnelle à M. A.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
En ce qui concerne la décision d'expulsion :
5. D'une part, M. A fait valoir qu'il est entré en France à l'âge de 14 ans où résident son père, naturalisé français et ses demi-frères et sœurs de nationalité française. Il invoque également la présence en France de ses deux filles nées le 5 janvier 2016 et le 13 septembre 2023 qui résident chez leur mère en région parisienne avec laquelle il fait l'objet d'une interdiction judiciaire de contact et produit une convocation du juge des affaires familiales pour le 5 septembre 2024. Il indique également être en couple avec une ressortissante française depuis le mois de décembre 2023 et disposer d'un contrat à durée indéterminée.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à cinq reprises pour des délais routiers, notamment de conduite sans permis sous l'emprise d'un état alcoolique, entre le 12 octobre 2017 et le 16 février 2024 date à laquelle il a été condamné à six mois d'emprisonnement. Il a fait l'objet de poursuites judiciaires pour des faits de viol commis le 21 octobre 2014 sur une personne vulnérable, requalifiés en agression sexuelle, pour lesquels il a été relaxé le 19 octobre 2015. Il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violences conjugales commis les 31 octobre 2016, 10 juin 2018, 16 avril 2019 et 26 décembre 2023. Il a par ailleurs a été condamné le 8 décembre 2017 a un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il a également été placé en détention provisoire du 28 novembre 2019 au 1er février 2022 pour des faits de viol, violences habituelles sur personne vulnérable n'ayant pas entrainé d'incapacité supérieure à 8 jours, extorsion commise avec arme et menace de mort réitérée le 31 octobre 2019 avant d'être placé sous contrôle judiciaire par ordonnance du 7 juillet 2022, la procédure étant toujours en cours à la date de la décision attaquée. Il a enfin été condamné le 16 février 2024 en comparution immédiate pour des faits de menaces de mort réitérées et violences par conjoint commis le 13 octobre 2023 à huit mois d'emprisonnement assorti d'un sursis probatoire de quatre mois.
7. En l'état de l'instruction, compte tenu du caractère répété et de la gravité des faits exposés au point précédent et en l'absence en outre d'éléments suffisants permettant d'établir l'intensité et la stabilité de ses relations avec ses enfants, aucun des moyens invoqués par le requérant tirés de l'incompétence de l'auteur, du défaut de motivation, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 631-1, L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision d'expulsion du territoire français en litige.
8. Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent par suite être rejetées, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur l'urgence.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
9. Le requérant, qui invoque de manière générale sa situation professionnelle et familiale, n'apporte toutefois aucun élément permettant de justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision l'assignant à résidence pour une durée de 180 jours selon les modalités exposées au point 1. Par suite, les conclusions présentées par M. A à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées pour défaut d'urgence, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à sa légalité.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au préfet de la Vienne.
Fait à Poitiers, le 1er août 2024.
La juge des référés,
Signé
M. BLa greffière,
Signé
C. C
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026