mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401867 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | ROBILIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Robiliard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans cette dernière hypothèse, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ; elle ne procède pas à un examen approfondi de sa situation personnelle ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle ne procède pas à un examen approfondi de sa situation personnelle ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. A pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A, assisté de Mme Gilbert, greffière d'audience,
- et les observations de Me Robiliard, représentant Mme C qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante arménienne née le 23 avril 1991, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement en France le 29 septembre 2022. Par une décision en date du 30 juin 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Ce rejet a été confirmé le 7 novembre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La demande de réexamen de la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée par l'OFPRA le 31 janvier 2024. Le 22 mars 2024, celle-ci a formé un recours devant la CNDA. Par un arrêté en date du 25 juin 2024, le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme C demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-SG-DCPPAT-011 du 22 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne n° 86-2024-100, le préfet de la Vienne a donné délégation de signature au secrétaire général de la préfecture de la Vienne, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée vise les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de la requérante, en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels elle doit être éloignée du territoire français. Elle prend également en compte la situation de son époux et celle de ses fils, au regard, s'agissant de ces derniers, des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. La décision fixant le pays d'éloignement comporte le visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent les fondements juridiques. Elle expose que Mme C n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que l'arrêté attaqué, qui comporte l'exposé des motifs de droit et des circonstances de fait justifiant l'éloignement de l'intéressée, est suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet de la Vienne s'est livré à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle et familiale de Mme C.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Mme C est entrée récemment en France. Elle est sans emploi et ne justifie d'aucun moyen d'existence. S'il est constant que ses deux enfants et son époux, également de nationalité arménienne, résident avec elle sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de ce dernier et de l'un de ses fils ont été rejetées par deux décisions du directeur général de l'OFPRA en date du 30 juin 2023, confirmées par deux décisions de la CNDA du 7 novembre 2023 et du 26 février 2024, son époux faisant, en outre, l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante à celle de la requérante. L'intéressée, qui ne démontre pas avoir noué en France des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité avec d'autres personnes que les membres de sa famille, n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a, en toute hypothèse, vécu 31 ans avant son entrée sur le territoire français. La circonstance qu'elle aurait accouché d'un enfant mort-né qui serait inhumé en France, n'est pas, à elle seule, de nature à lui conférer un droit au séjour. Le moyen tiré de ce que Mme C serait menacée en Arménie est inopérant vis-à-vis de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En toute hypothèse, il n'est aucunement établi que la requérante ou sa famille pourrait y subir des persécutions. Les deux enfants de Mme C, dont l'intérêt est de suivre leurs parents, pouvant poursuivre leur scolarité en Arménie, rien ne s'oppose à ce que l'ensemble de la famille de l'intéressée regagne ce pays. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les décisions attaquées, ne peuvent qu'être écartés.
7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par les décisions attaquées doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point précédent.
8. En sixième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays d'éloignement devrait, par voie de conséquence, être annulée, ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions en date du 25 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Vienne a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai, doivent être rejetées, de même que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
10. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". L'article 7 de la même loi dispose : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas manifestement irrecevable ou dénuée de fondement ". La requête de Mme C étant manifestement dénuée de fondement au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de la Vienne et à Me Robiliard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
L. ALa greffière d'audience,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026