vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401887 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | COUSTENOBLE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2401887 le 18 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Coustenoble, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé, dès lors en particulier que la décision n'indique pas qu'il est père d'une fille âgée de 16 mois, née en France, et que la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée ;
- l'obligation de quitter le territoire est illégale dès lors qu'il bénéficie toujours du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa requête n'ayant pas encore été jugée par la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il vit en France avec son épouse depuis le 5 février 2023, qu'ils ont quitté l'Arménie dans un contexte de persécution et que leur fille est née sur le territoire français ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur fille mineure, protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle est née en France et est susceptible d'acquérir à terme la nationalité française ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La préfète de la Charente a produit des pièces le 5 août 2024.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2401888 le 18 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Coustenoble, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé, dès lors en particulier que la décision n'indique pas qu'elle est mère d'une fille âgée de 16 mois, née en France, et que la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée ;
- l'obligation de quitter le territoire est illégale dès lors qu'elle bénéficie toujours du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa requête n'ayant pas encore été jugée par la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle vit en France avec son époux depuis le 5 février 2023, qu'ils ont quitté l'Arménie dans un contexte de persécution et que leur fille est née sur le territoire français ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur fille mineure, protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que celle-ci est née en France et est susceptible d'acquérir à terme la nationalité française ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La préfète de la Charente a produit des pièces le 5 août 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Henry pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Le rapport de M. Henry, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant arménien né le 22 septembre 1993, et Mme A B, son épouse, ressortissante arménienne née le 7 avril 2001, sont entrés sur le territoire de l'Union européenne le 5 février 2023, par l'Italie, sous couvert d'un visa de court séjour, avant de rejoindre la France, selon leurs déclarations, le même jour. Ils ont ensuite eu une enfant née en France le 16 mars 2023. Les demandes d'asile qu'ils ont déposées ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 janvier 2024. Par deux arrêtés du 1er juillet 2024, la préfète de la Charente a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Arménie comme pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office. Par les présentes requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'en vertu d'un arrêté de la préfète de la Charente du 15 janvier 2024, régulièrement publié, le secrétaire général de la préfecture était compétent pour signer les arrêtés attaqués.
3. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués, qui comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivés, y compris en ce qu'ils fixent le pays de destination, l'autorité préfectorale n'ayant pas à rappeler l'ensemble des éléments de la situation des intéressés.
4. En troisième lieu, en vertu des dispositions du d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit au maintien sur le territoire français de M. et Mme B, ressortissants d'un pays sûr, a cessé dès la décision de l'OFPRA rejetant leur demande d'asile. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire attaquées ne pouvaient être prises avant les décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) sur leurs recours, qui sont intervenues le 9 juillet 2024.
5. En quatrième lieu, les requérants, qui sont entrés en France très récemment et n'y ont pas d'attache personnelle ou familiale significative, pourront poursuivre leur vie familiale dans leur pays d'origine, la seule circonstance que leur fille soit née en France ne permettant pas de regarder les obligations de quitter le territoire français prononcées à leur encontre comme de nature à porter une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, celle-ci ayant vocation à les suivre en Arménie, pays dont elle a la nationalité. Par ailleurs, si les requérants invoquent, au titre de leur vie privée et familiale, le contexte de persécution dans lequel ils soutiennent avoir quitté leur pays, ils n'apportent, en tout état de cause, aucun élément pour établir leurs allégations, qui ne sont pas crédibles, alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA puis par la CNDA. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
6. En cinquième lieu, la seule circonstance que la fille des requérants soit née en France et pourrait demander à acquérir la nationalité française si elle continuait à résider sur le territoire ne suffit pas à considérer que les obligations de quitter le territoire français attaquées méconnaissent l'intérêt supérieur de cet enfant mineur au sens de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors notamment qu'elle peut suivre ses parents en Arménie, pays dont elle a la nationalité.
7. En sixième lieu, pour les mêmes raisons que celles évoquées ci-dessus et que celles qui seront évoquées au point suivant, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
8. En dernier lieu, si les requérants soutiennent qu'en cas de retour en Armenie, ils seraient exposés à des traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, le récit de persécution qu'ils exposent, qui n'est accompagné d'aucun élément probant, n'est pas crédible, comme l'ont déjà relevé l'OFPRA et la CNDA.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requêtes de M. et Mme B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A B, à Me Coustenoble et à la préfète de la Charente.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
B. HENRY La greffière d'audience,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Nos 2401887, 2401888
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026