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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401890

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401890

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401890
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 1er juillet 2024 refusant l'autorisation d'instruire un enfant en famille. La solution retenue est que l'administration a correctement apprécié l'intérêt supérieur de l'enfant en estimant que la scolarisation en établissement était plus conforme à cet intérêt, conformément à l'article L. 131-5 du code de l'éducation et à la décision du Conseil constitutionnel n° 2021-823 DC.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme B F et M. E D demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la commission prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 27 mai 2024 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de la Charente-Maritime a refusé de leur accorder l'autorisation d'instruire leur enfant A en famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 et leur a enjoint de scolariser ce dernier dans un établissement d'enseignement scolaire au titre de la même année ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Poitiers de leur délivrer l'autorisation sollicitée ou, à défaut, de réexaminer leur demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, la rectrice de l'académie de Poitiers conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2401889 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision du 1er juillet 2024.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 2021-823 DC du 13 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de Mme Lassalle, greffière d'audience :

- le rapport de M. Henry, juge des référés,

- et les observations, d'une part, de Mme F et M. D et, d'autre part, de M. C, représentant la rectrice de l'académie de Poitiers.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F et M. E D demandent au juge des référés de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la commission prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 27 mai 2024 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de la Charente-Maritime a refusé de leur accorder l'autorisation d'instruire leur enfant A en famille au titre de l'année scolaire 2024-2025, pour la classe de moyenne section de maternelle, et leur a enjoint de scolariser ce dernier dans un établissement d'enseignement scolaire au titre de la même année.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () [Cette] autorisation () est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () ". Pour la mise en œuvre de ces dispositions, il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

4. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, dont le paragraphe 72 précise que l'instruction en famille n'est pas une composante de la liberté de l'enseignement, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une demande présentée sur ce fondement, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.

5. Pour demander la suspension de la décision attaquée refusant la demande qu'ils ont présentée en vue de poursuivre l'instruction de leur fils A en famille, Mme F et M. D soutiennent que cette décision est entachée, d'une part, d'une erreur de droit, dès lors que la seule réalité du projet sérieux et son adaptation à l'enfant qui en est l'objet permet de remplir la condition posée par les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, sans qu'il soit besoin de démontrer une situation propre à l'enfant, et, d'autre part, d'une erreur d'appréciation, au regard du projet éducatif adapté à A qu'ils ont produit et de l'avis favorable de l'inspectrice de l'éducation nationale à l'issue de son contrôle du 12 juin 2024. Toutefois, compte tenu de ce qui a été rappelé aux deux points précédents et au regard tant des éléments du dossier soumis au juge des référés que des débats oraux lors de l'audience, aucun de ces moyens ne paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête en référé de Mme F et M. D doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme F et M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B F et M. E D et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Poitiers.

Fait à Poitiers, le 9 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. HENRY

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

Signé

D. GERVIER

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