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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401895

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401895

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures
Avocat requérantCESSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Cesso, demande au tribunal :

2°) d'annuler les décisions du 15 juillet 2024 par lesquelles la préfète des Deux-Sèvres lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet de la Charente-Maritime l'a assigné à résidence dans le département de la Charente-Maritime à Saintes pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions et l'arrêté pris dans leur ensemble :

- les décisions prises par la préfète des Deux-Sèvres sont entachées d'un vice d'incompétence, d'une part, seul le préfet de département de son lieu de résidence étant compétent pour prononcer une mesure d'éloignement à son encontre, et, d'autre part, en l'absence de délégation régulièrement publiée accordée au signataire ;

- l'arrêté attaqué du préfet de la Charente-Maritime a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation régulière à son signataire ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte ainsi également atteinte à son droit au respect de sa vie privée familiale, tel qu'il est protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;

- elle résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il dispose de garanties de représentations dès lors qu'une assignation à résidence a été prise à son encontre ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est illégal en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il bénéficie de garanties de représentation, et, en l'empêchant de travailler, porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D et les observations de Me Esseul, substituant Me Cesso, représentant M. B, qui reprend ses écritures, et soutient en outre que :

- il est en rupture totale avec ses parents résidant en Tunisie compte tenu des violences qu'il a subies de la part de son père ;

- il est prévu qu'ils se marient avec sa compagne, ressortissante française, et qu'ils fondent une famille ;

- il vit le week-end avec sa compagne, dont le domicile est éloigné de son lieu de travail, et ne réside qu'en semaine chez sa sœur pour des raisons pratiques, afin que son frère puisse l'acheminer chaque matin à son travail ;

- il a été embauché en contrat à durée indéterminée en raison de sa qualification de charpentier, qui constitue un métier en tension en Charente-Maritime.

La clôture de l'instruction a été reportée au 26 juillet 2024 à 13h00 afin de permettre au requérant de produire des attestations complémentaires relatives à ses attaches personnelles.

M. B a produit, le 26 juillet 2024 à 11h36, des attestations de son frère, de sa compagne et de la responsable hiérarchique de sa sœur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 16 août 1996, déclare être entré en France en juin 2022, en provenance de l'Italie. Le 15 juillet 2024, il a été interpelé par les services de police de Niort lors d'un contrôle sur réquisition, puis auditionné dans les locaux de la gendarmerie de Melle (79500). Par des décisions du 15 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Charente-Maritime l'a assigné à résidence dans le département de la Charente-Maritime sur la commune de Saintes pendant une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation des décisions du 15 juillet 2024 et de l'arrêté du même jour.

Sur les décisions et l'arrêté pris dans leur ensemble :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article R. 613-1 du même code : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

3. Il résulte de ces dispositions que le préfet territorialement compétent pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français est celui qui constate l'irrégularité de la situation au regard du séjour de l'étranger concerné, que cette mesure soit liée à une décision refusant à ce dernier un titre de séjour ou son renouvellement, au refus de reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire, ou encore au fait que l'étranger se trouve dans un autre des cas énumérés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Tel est, en toute hypothèse, le cas du préfet du département où se trouve le lieu de résidence ou de domiciliation de l'étranger. En outre, si l'irrégularité de sa situation a été constatée dans un autre département, le préfet de ce département est également compétent.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpelé sur la commune de Rom dans le département des Deux-Sèvres, puis auditionné dans les locaux de la gendarmerie de Melle, commune située dans les Deux-Sèvres. L'irrégularité de son séjour sur le territoire français ayant été constatée à cette occasion, la préfète des Deux-Sèvres était compétente pour édicter la mesure d'éloignement contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la préfète des Deux-Sèvres pour prendre les décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour pendant une durée d'un an, doit être écarté.

5. D'autre part, par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Deux-Sèvres, M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de signature par la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains domaines parmi lesquels ne figurent pas les actes relevant du champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, par un arrêté du 13 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente-Maritime, M. Emmanuel Cayron, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de signature par le préfet de la Charente-Maritime à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains domaines parmi lesquels ne figurent pas les actes relevant du champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des décisions et de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

7. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 3 l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". En outre le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, en son point 2.3.3, que : " le titre de séjour portant la mention ''salarié'', prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré en France en juin 2022, est en couple avec une ressortissante française depuis le 25 juin 2023, réside chez sa sœur, de nationalité française, a également son frère en France qui y réside régulièrement sous couvert d'une carte de résident émise le 12 juillet 2017, et exerce les fonctions d'employé polyvalent au sein de la société SRM Maintenance et travaux, qui l'a recruté en contrat à durée indéterminée depuis le 3 juillet 2023. Toutefois, bien que M. B produise une série d'attestations relatives à la réalité de sa relation affective avec Mme C et de ses liens familiaux avec sa sœur, chez qui il réside la semaine, ainsi que son frère, qui le conduit à son travail, ces justificatifs ne permettent pas d'établir l'ancienneté et la stabilité des liens qu'il a tissés en France alors qu'il y est arrivé récemment, depuis environ deux ans, et que, d'une part, il ne vit pas quotidiennement avec sa compagne, quand bien même serait-ce pour des raisons pratiques, et que, d'autre part, il ne justifie d'aucun autre lien stable, intense et ancien noué en dehors de ses relations familiales avec sa sœur et ses enfants ainsi que son frère. En outre, si le requérant soutient être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, il y a cependant vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-six ans, la circonstance que son père ait commis des actes de violence à son encontre, à la supposer établie, étant sans influence sur la légalité de la décision attaquée alors que l'intéressé n'a pas tenté de régulariser, à quelque titre que ce soit, son séjour en France depuis qu'il déclare y être entré, et qu'il a fait l'objet d'une mesure d'expulsion de l'espace Schengen émise par l'Italie le 25 juillet 2022. Enfin, si M. B se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 3 juillet 2023, au titre duquel il exercerait essentiellement des fonctions de charpentier, métier " en tension " dont il soutient qu'il figure sur la liste des métiers ouverts aux ressortissants tunisiens, l'intéressé ne justifie pas, en tout état de cause, d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, tel qu'il est exigé par l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne délivrant pas au requérant un titre de séjour de plein droit, qui aurait fait obstacle à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

11. S'il ressort de la décision attaquée que la préfète s'est fondée sur la circonstance que M. B a déclaré, lors de son audition par les services de police, posséder un passeport sans an avoir apporté la preuve, elle a également motivé cette décision par les circonstances, non contestées par le requérant, qu'il fait l'objet d'une fiche de recherche par les autorités italiennes après avoir été expulsé du territoire de l'Italie et que, bien qu'inconnu du fichier de traitement des antécédents judiciaires, il n'a pas demandé l'asile en France. En outre, il ressort de son audition précitée que M. B a manifesté le souhait de rester en France pour y travailler et se marier. Dans ces conditions, quand bien même le requérant possèderait un passeport en cours de validité, et alors qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'avait pas demandé son admission au séjour au moment où il a été interpelé, le moyen tiré de la méconnaissance de ce qu'il disposerait de garanties de représentation suffisantes au sens du 8°) de l'article L. 612-3 cité au point précédent ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. Si le requérant soutient que la décision en litige est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne fait pas mention d'une date d'entrée, même présumée, sur le territoire, d'une durée de présence et de l'existence ou non d'une mesure d'éloignement précédente ou d'une menace à l'ordre public, il ressort de cette décision que la préfète des Deux-Sèvres, après avoir visé les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont des extraits sont reproduits, a indiqué que M. B déclarait vivre chez sa sœur depuis juin 2022 et être arrivé en France par l'Italie où il a fait l'objet d'une expulsion, et était inconnu du traitement des antécédents judiciaires et du fichier des étrangers. Elle a également mentionné qu'il ne faisait pas état de circonstances humanitaires permettant de justifier l'interdiction de retour sur le territoire français, et que ses liens privés et familiaux n'étaient pas caractérisés par leur ancienneté, leur stabilité ni leur intensité. Dans ces conditions, la préfète a permis à l'intéressé de connaître les motifs de droit et de fait qui fondent sa décision, au regard des critères prévus par les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point précédent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

15. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, M. B ne justifie ni d'une ancienneté significative de présence sur le territoire français, ni de la stabilité et de l'intensité de la relation affective qu'il entretient avec une ressortissante française. Dans ces conditions, bien qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en France, la durée de l'interdiction de retour décidée par la préfète des Deux-Sèvres ne méconnaît pas son droit à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

16. En premier lieu, dès lors que l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour pendant un an n'est pas établie, l'exception d'illégalité de ces décisions invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'assignation à résidence doit être écartée.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". L'article R. 733-1 de ce code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ;/ 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

18. M. B, qui ne séjourne pas en situation régulière sur le territoire français, n'est pas autorisé à y travailler. Dès lors, il ne peut utilement soutenir que les modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence sont excessives au regard des contraintes inhérentes à son activité professionnelle et de son droit au respect de sa vie privée et familiale.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète des Deux-Sèvres et au préfet de la Charente-Maritime.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 juillet 2024.

La magistrate désignée

Signé

S. GIBSON-THERY

La greffière d'audience,

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres et au préfet de la Charente-Maritime en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

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