lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401908 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. et Mme F et G C E, agissant en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs A et B, représentés par Me Souet, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des décisions du 22 mai 2024 par lesquelles la commission de l'académie de Poitiers devant laquelle sont formés les recours administratifs préalables obligatoires exercés contre les décisions de refus d'autorisation d'instruction dans la famille a rejeté leurs réclamations préalables obligatoires formées contre les décisions du 17 avril 2024 du directeur académique des services de l'éducation nationale de la Charente leur refusant l'autorisation d'instruction dans la famille pour leurs enfants A et B ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Poitiers de leur délivrer les autorisations sollicitées à titre provisoire, dans le délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que les décisions en litige préjudicient de manière grave et immédiate à la situation et aux intérêts de leurs enfants ; la durée prévisible de la procédure au fond ne permettra pas d'endiguer les effets des décisions attaquées ; leurs enfants bénéficiaient déjà d'une instruction dans la famille, A depuis 2020 et B depuis 2023 ; la modification de leur mode d'instruction constituera un bouleversement néfaste de leurs conditions de vie et de leurs conditions d'éducation ; le non-respect de ces décisions pourrait entrainer la saisine du juge des enfants et une peine de six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées ;
- en effet, elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'une situation propre à leurs enfants motivait ce projet éducatif au sens de l'article L. 131-5 du code de l'éducation.
Vu :
- la requête, enregistrée sous le n° 2401907, par laquelle M. et Mme C E demandent au tribunal d'annuler les décisions du 22 mai 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
3. Pour justifier de l'urgence attachée à la suspension de l'exécution des décisions attaquées du 22 mai 2024, M. et Mme C E se bornent à soutenir, d'une part, que la scolarisation de leurs enfants, âgés de sept et quatre ans, qui n'ont connus jusqu'à présent que l'instruction à domicile, perturbera leurs habitudes et leur équilibre et aura des conséquences négatives sur leurs conditions de vie et, d'autre part, qu'ils encourent des sanctions judiciaires s'ils ne scolarisent par leurs enfants à l'école. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des projets éducatifs élaborés par les requérants et soumis à l'autorité administrative dans le cadre des demandes d'instruction dans la famille, que la situation propre de leurs enfants soit incompatible avec les modalités d'enseignement dispensées en établissement scolaire. Par ailleurs, si les requérants font également valoir que l'absence de suspension des décisions litigieuses serait de nature à priver d'effet l'annulation au fond des décisions attaquées et qu'un jugement d'annulation au fond, intervenant postérieurement à la rentrée scolaire qui est imminente, sera nécessairement privé d'effet, le juge des référés ne saurait, lorsqu'il recherche s'il y a urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, se fonder sur la nécessité de prévenir les conséquences d'une éventuelle annulation de la décision litigieuse, alors qu'au demeurant la requête à fin de suspension n'a été enregistrée que le 19 juillet 2024. Enfin, les autorisations d'instruction en famille sont désormais délivrées annuellement, sans droit acquis au renouvellement, et la circonstance qu'une autorisation ait précédemment été octroyée ne crée pas, en soi, de situation d'urgence présumée. Il résulte de ce qui précède que la condition tenant à l'urgence, requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'est pas remplie.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme F et G C E.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Poitiers.
Fait à Poitiers, le 22 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
V. D
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026