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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401928

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401928

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCPA GAND-PASCOT-PENOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête en référé suspension de Mme A C, qui contestait le refus de renouvellement de son contrat de lectrice de langue étrangère par l'université de Poitiers. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment l'absence de droit au renouvellement, l'intérêt du service, la qualité de lanceur d'alerte ou la requalification du contrat, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. La condition d'urgence n'a pas été examinée, le rejet étant fondé sur l'absence de moyen sérieux au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 juillet et le 12 août 2024, Mme D A C, représentée par Me Gomez, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2024 par laquelle la présidente de l'université de Poitiers a refusé de renouveler son contrat à durée à déterminée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la présidente de l'université de Poitiers de mettre fin aux fonctions de l'agent recruté à sa place ;

3°) d'enjoindre à la présidente de l'université de Poitiers de la réintégrer provisoirement à son poste, en prévision de la rentrée universitaire 2024-2025, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Poitiers la somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision litigieuse a pour effet de la priver de l'emploi qu'elle occupait depuis deux ans et qu'elle n'a pas retrouvé d'emploi dans une autre université malgré ses recherches ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision refusant le renouvellement de son contrat ;

- en effet, l'intérêt du service commande que son contrat de lectrice de langue étrangère soit renouvelé dès lors qu'elle conserve formellement les fonctions de direction du centre de langue portugaise qui lui ont été confiées parallèlement à son recrutement en tant que lectrice ;

- le refus de renouveler son contrat est illégal dès lors qu'elle a la qualité de lanceur d'alerte ;

- son contrat à durée déterminé doit être requalifié en contrat à durée indéterminée ;

- l'illégalité entachant son recrutement en tant qu'agent contractuel alors que l'emploi occupé a le caractère d'un emploi permanent qui doit être occupé par un agent titulaire, entache, par voie d'exception, la décision de ne pas renouveler son contrat.

Par un mémoire, enregistré le 8 août 2024, l'université de Poitiers, représentée par Me Gand, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la circonstance qu'il ait initialement été envisagé que la requérante puisse assurer la direction du centre de langue portugaise n'implique pas que son contrat de lectrice, arrivant à échéance le 31 août 2024, devrait nécessairement être renouvelé ;

- la requérante ne peut pas revendiquer le statut de lanceur d'alerte ;

- la décision de ne pas renouveler son contrat a été prise en raison de considérations tirées de l'intérêt du service, l'insuffisance de son enseignement et son absence d'implication dans le travail de l'équipe pédagogique étant établi.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 juillet 2024 sous le numéro 2401930 par laquelle Mme A C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 ;

- le décret n° 87-754 du 14 septembre 1987 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 12 août 2024 à 15 heures en présence de Mme Bompas, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- Me Gomez, représentant Mme A C, présente, qui reprend l'ensemble de ses moyens ;

- Me Gand, représentant l'université de Poitiers, qui persiste dans ses moyens de défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C a été recrutée par l'université de Poitiers en tant que lecteur de langue étrangère par un contrat à durée déterminée prenant effet à compter du 1er septembre 2022 et prenant fin le 31 août 2024. Par sa requête, elle demande la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2024 par laquelle la présidente de l'université de Poitiers l'a informée que son contrat ne serait pas renouvelé.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

3. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par la requérante, tels qu'ils sont énoncés dans les visas de la présente ordonnance, n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, la requête de Mme A C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition relative à l'urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A C et à l'université de Poitiers.

Fait à Poitiers, le 14 août 2024.

La juge des référés,

Signé

G. B

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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