mardi 30 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre - Référé |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 30 juillet 2024, M. E B et M. A D, représentés par Me Candon, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a mis en demeure les occupants des résidences mobiles stationnées sur le stade Le Parco situé avenue de Stockholm à La Rochelle de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente;
- l'arrêté est illégal, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de l'arrêté du 25 janvier 2021 du président de la communauté d'agglomération de La Rochelle (CDA) interdisant le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage dès lors d'une part, que la communauté d'agglomération de La Rochelle et la commune de La Rochelle n'avaient pas réalisé toutes les aires d'accueil des gens du voyage prévues par le schéma départemental d'accueil des gens du voyage de la Charente-Maritime et, d'autre part, en tant qu'il concerne toutes les communes de la communauté d'agglomération, y compris celles n'étant pas inscrites au schéma départemental ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence d'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en tant qu'elle fixe un délai de 24 heures pour quitter les lieux ; ce délai porte atteinte à la liberté d'aller et venir garantie par la Constitution et par l'article 2 § 1.I du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée ;
- le code général des collectivités territoriales
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Boutet, première conseillère, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Boutet a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
1. Constatant le stationnement de résidences mobiles sur le stade Le Parco situé avenue de Stockholm à La Rochelle, le président de la communauté d'agglomération de La Rochelle a demandé au préfet de la Charente-Maritime, le 23 juillet 2024, la mise en œuvre de la procédure de mise en demeure de quitter les lieux à l'encontre des occupants de ces résidences mobiles en application de loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage. Par arrêté du 26 juillet 2024, le préfet de la Charente-Maritime a mis en demeure les propriétaires et occupants des résidences mobiles concernées de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures. M. B et M. D demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. D'une part, aux termes de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet. () II. - Dans chaque département, () un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : 1° Des aires permanentes d'accueil, ainsi que leur capacité ; 2° Des terrains familiaux locatifs aménagés et implantés dans les conditions prévues à l'article L. 444-1 du code de l'urbanisme et destinés à l'installation prolongée de résidences mobiles, le cas échéant dans le cadre des mesures définies par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, ainsi que le nombre et la capacité des terrains ; 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires. () Les communes de plus de 5 000 habitants figurent obligatoirement au schéma départemental. ". L'article 2 de la même loi dispose : " I. A. Les communes figurant au schéma départemental et les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er sont tenus, dans un délai de deux ans suivant la publication de ce schéma, de participer à sa mise en œuvre. B. Les communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale compétent remplissent leurs obligations en accueillant sur leur territoire les aires et terrains mentionnés au A du présent I. L'établissement public de coopération intercommunale compétent remplit ses obligations en créant, en aménageant, en entretenant et en assurant la gestion des aires et terrains dont le schéma départemental a prévu la réalisation sur son territoire. Il peut retenir un terrain d'implantation pour une aire ou un terrain situé sur le territoire d'une commune membre autre que celle figurant au schéma départemental, à la condition qu'elle soit incluse dans le même secteur géographique d'implantation. L'établissement public de coopération intercommunale compétent peut également remplir ses obligations en contribuant au financement de la création, de l'aménagement, de l'entretien et de la gestion d'aires ou de terrains situés hors de son territoire. Il peut, à cette fin, conclure une convention avec un ou plusieurs autres établissements publics de coopération intercommunale ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 9 de la même loi du 5 juillet 2000 : "I. Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; () / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () / II. En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques.
4. Enfin, aux termes du I de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " () Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences () ".
5. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de la Charente-Maritime, par M. F C, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime, qui disposait d'une délégation, par arrêté du 13 mai 2024 régulièrement publié, l'autorisant à signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit par suite être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté de mise en demeure en litige est fondé sur l'arrêté du 16 février 2021 modifiant l'arrêté du 25 janvier 2021 par lequel le président de la communauté d'agglomération de La Rochelle a interdit le stationnement des résidences mobiles hors des aires aménagées notamment sur le territoire de la commune de La Rochelle. Si les requérants font valoir que la communauté d'agglomération n'est pas en règle avec les prescriptions du schéma départemental d'accueil des gens du voyage, le préfet fait valoir que la commune de La Rochelle où les résidences mobiles sont installées remplit ses propres obligations inscrites au schéma précité avec la présence d'une aire de grand passage de Rivaud Nord et d'une aire permanente d'accueil de La Rochelle-Laleu dotée de 20 emplacements, ce que les requérants ne contestent pas utilement. Il ne ressort pas ainsi des pièces du dossier que l'arrêté du 16 février 2021 du président de la communauté d'agglomération de La Rochelle est illégal en tant qu'il interdit le stationnement des gens du voyage hors des aires aménagées sur le territoire de la commune de La Rochelle. Dans ces conditions, et alors au demeurant qu'il a été proposé dans le cadre d'une médiation de stationner l'ensemble des caravanes en question sur un terrain disposant des équipements nécessaires d'une superficie de 16 385 m² situé à Sainte-Soulle sur le territoire de la communauté d'agglomération La Rochelle, ce que les intéressés ont refusé, les requérants ne sont pas fondés à soutenir, par voie d'exception, que l'arrêté préfectoral attaqué serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 16 février 2021 du président de la communauté d'agglomération de La Rochelle interdisant le stationnement des résidences mobiles hors des aires aménagées.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de constatation effectué par les services de la police municipale de La Rochelle le 22 juillet 2024, que 31 caravanes et autant de véhicules de gens du voyage sont installés au stade Le Parco à La Rochelle, qui est situé, contrairement à ce que soutiennent les requérants, à proximité d'habitations et où la reprise d'activité des clubs sportifs a été fixée à compter du 24 juillet 2024. Il n'est pas contesté que ce terrain ne dispose ni de sanitaires ni de réseaux d'évacuation des eaux usées ni de dispositifs adaptés de collecte des déchets ou de ramassage des ordures ménagères. Si les requérants font valoir que les caravanes disposent de systèmes sanitaires avec une certaine autonomie, les intéressés sont désormais installés sur le terrain depuis le 21 juillet 2024 et indiquent vouloir s'y maintenir jusqu'au 4 août 2024. Il ressort également du procès-verbal de constations précité que des branchements électriques dangereux ont été constatés sur un poteau qui pourrait conduire à l'électrocution des personnes à proximité, qu'un début d'incendie des câbles électriques a été filmé par des riverains et que des branchements illicites ont été constatés en amont du compteur de l'installation d'eau potable, ce qui pourrait avoir pour effet de faire disjoncter la station de surpression reliée à la réserve en eau. Enfin, en se bornant à faire valoir qu'ils en ont interdit l'accès, les requérants ne contestent pas sérieusement qu'il existe un risque de contamination de l'eau et d'éboulement lié à l'installation de véhicules aux abords du toit du réservoir d'eau potable, faiblement enterré et fragile, desservant le quartier de Mireuil. Dans ces conditions, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en considérant que l'occupation du stade en litige est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la mise en demeure en litige a été précédée, dès le 21 juillet 2024, d'une proposition de stationnement de l'ensemble des caravanes sur un autre terrain adapté situé sur le territoire de la communauté d'agglomération de La Rochelle que les intéressés n'ont pas acceptée, comme cela a exposé au point 6. Dans ces conditions, et compte tenu de l'atteinte à la tranquillité et à la salubrité publique résultant de l'occupation du terrain, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant le délai d'exécution de la mise en demeure en litige à vingt-quatre heures, qui est le minimum prévu par les dispositions du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000. Pour les mêmes motifs, le délai ainsi imparti ne porte pas atteinte à la liberté d'aller et venir garantie par la Constitution et par l'article 2 § 1.I du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 26 juillet 2024 doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B et M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, premier dénommé, et au préfet de la Charente-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.
La magistrate désignée, La greffière d'audience,
Signé Signé
M. G
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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