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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401985

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401985

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401985
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Poitiers, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 9 juillet 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à M. B la sortie de son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour le requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant une atteinte grave et immédiate à sa situation, et que les moyens soulevés n'étaient pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2024, M. E demande au juge des référés du tribunal administratif de Poitiers :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 juillet 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la sortie de son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui trouver un hébergement en hôtel et de le mettre en mesure de présenter ses observations écrites préalables ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à la charge de Mme C A la somme de 10 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la privation de conditions matérielles d'accueil préjudicie gravement à sa situation, le droit d'asile constituant une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et que la décision attaquée le place dans une situation incompatible avec l'autonomie et la dignité auxquelles peuvent prétendre les demandeurs d'asile ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la décision en litige a été prise aux termes d'une procédure irrégulière en méconnaissance de ses droits de la défense et des articles L. 551-14 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été en mesure de produire ses observations écrites préalablement et que l'OFII n'a pas tenu compte de sa situation particulière ;

* l'exécution de la décision attaquée porte atteinte à son droit au logement et au principe de dignité, considéré comme une liberté fondamentale, et le rendra vulnérable au vol et à l'insalubrité ;

* la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'objectivité et d'impartialité, dès lors qu'elle repose sur les allégations et agissements inacceptables de la directrice du centre d'hébergement, et que l'OFII fait preuve de mauvaise foi ;

* les dispositions des articles L. 552-5 et R. 552-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaissent les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la présomption d'innocence, dès lors qu'elles accordent une place trop importante aux dires de la directrice du centre d'hébergement dans la procédure ;

* sa situation ne répondant pas aux conditions posées par les articles L. 551-11 à L. 551-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait pas faire l'objet d'une notification de sortie de son lieu d'hébergement.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 juillet 2024 sous le numéro 2401984 présentée par M. B tendant à l'annulation de la décision du 9 juillet 2024 par laquelle le directeur général de l'OFII lui a notifié la sortie de son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ", et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait un ressortissant étranger. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. M. B, se déclarant ressortissant ivoirien né le 2 septembre 1996, a accepté la prise en charge proposée par l'OFII pour sa famille et lui-même le 8 février 2024, et a, sur ce fondement, été admis dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) situé à La Rochelle. Par un courrier du 27 mai 2024, il a été informé de ce que l'OFII envisageait une sortie d'hébergement le concernant, aux motifs que M. B ne respectait pas le règlement du CADA, ne se plaçait pas dans une démarche positive d'accompagnement et avait eu un comportement inadapté vis-à-vis de ses colocataires en tenant à leur égard des propos injurieux et racistes, lors d'une visite du logement par les professionnels du CADA le 3 mai 2024. Par le même courrier, M. B était invité à faire parvenir ses éventuelles observations à la direction territoriale de l'OFII située à Poitiers. Par un courrier du 9 juillet 2024, le directeur général de l'OFII a décidé de mettre fin à l'hébergement de M. B au sein de ce centre, tout en l'informant qu'il conservait le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et qu'il serait désormais domicilié auprès de la structure de premier accueil des demandeurs d'asile Coallia de La Rochelle. M. B a demandé l'annulation de cette décision par sa requête n° 2401984 enregistrée le 28 juillet 2024, puis sollicite du juge des référés, dans la présente instance, la suspension de l'exécution de cette décision.

4. Il résulte des termes mêmes de la décision dont M. B demande la suspension que, d'une part, il conserve le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et que, d'autre part, il sera désormais domicilié auprès du service de premier accueil des demandeurs d'asile de La Rochelle. Dans ces conditions, contrairement à ce qu'il soutient, en l'état de l'instruction, la décision en litige n'est pas de nature à le priver de ses conditions matérielles d'accueil ni à le placer dans une situation incompatible avec l'autonomie et la dignité auxquelles peuvent prétendre les demandeurs d'asile. Dès lors, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E.

Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Fait à Poitiers, le 1er août 2024.

La juge des référés,

Signé

S. GIBSON-THERY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

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