lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402020 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, M. G représenté par Me Masson de la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation pcriset, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé.
Il soutient que :
- l'arrêté n'a pas été compétemment pris ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle est insuffisamment motivée ; elle ne respecte pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Mme D :
- le rapport de M. E,
- les observations de Me Ago Simmala, représentant M. B qui reprend les conclusions et les moyens de la requête en insistant sur les risques encourus en cas de retour en Guinée du fait de la conversion au christianisme de M. B alors que son père est un dignitaire musulman et sur les constatations médicales des violences physiques qu'il a subies qui témoignent de la réalité de ces risques. Elle ajoute que M. B a fait de réels efforts d'intégration en France par son engagement auprès d'associations qui viennent en aide aux personnes âgées et aux handicapés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né en 1986, serait, suivant ses dires, entré en France le 14 mars 2022. Il déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Vienne le 11 mai 2022 en soutenant qu'il craignait d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des persécutions de la part de sa famille en raison de sa conversion au christianisme et que les autorités de son pays seraient dans l'incapacité de lui assurer une protection. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a opposé un refus par une décision en date du 7 juillet 2023. La Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours qu'il a formé à l'encontre de ce refus par une décision du 14 février 2024. Par arrêté du 12 juillet 2024 le préfet de la Vienne a pris à son encontre une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C A, directrice de cabinet du préfet de la Vienne, qui a reçu délégation, par arrêté n°2024-SG-DCPPAT6021 du préfet de la Vienne en date du 1er juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°86-2024-169 le même jour et accessible sur le site de la préfecture, à l'effet de signer en cas d'absence ou d'empêchement de M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne " tous les actes, arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne ", à l'exception de matières ne concernant pas l'arrêté en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché le jour de la signature de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision contestée a été prise au visa notamment du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.
5. Il ne ressort ni des termes de cette décision, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Vienne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre () ".
7. Si pour justifier de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. B invoque les risques de persécutions qu'il encourrait en cas de retour en Guinée de la part de membres de sa famille en raison de sa foi. Les pièces qu'il a versées au dossier et notamment un certificat médical attestant de la présence de cicatrices compatibles avec les violences décrites, ne suffisent, toutefois, pas à étayer la réalité des craintes alléguées, qui n'ont été tenues pour établies par les instances en charge de se prononcer sur le droit d'asile. Ainsi, et alors que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de l'intéressé, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
8. Selon ses propres affirmations, M. B est entré en France en mars 2022. Ainsi la durée de son séjour en France est inférieure à deux ans et demi à la date de l'arrêté contesté et l'intéressé n'a été admis au séjour que le temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile. M. B n'établit pas avoir des attaches familiales ou personnelles en France alors qu'il a déclaré vivre en concubinage en Guinée et avoir quatre enfants. Les efforts d'intégration dont fait état l'intéressé restent limités. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
9. Ainsi qu'il vient d'être dit, le requérant ne justifie pas d'une présence ancienne en France où il s'est maintenu irrégulièrement après le rejet de sa demande d'asile. Par ailleurs, il ne démontre pas y avoir créé des liens d'une particulière intensité même s'il effectue des activités bénévoles qui répondent à une finalité sociale d'insertion. Eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, et alors que M. B n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
11. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de la Vienne a fixé le pays de destination a été prise au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et expose que M. B ne démontre pas être exposé dans son pays d'origine à des peines ou à des traitements contraires à cette convention. La décision en litige comporte ainsi l'exposé des considérations de fait et de droit qui les fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Comme il a été dit, M. B n'établit pas qu'il serait, en cas de retour en Guinée, effectivement et personnellement exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi contestée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2024, par lequel le préfet de la Vienne a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 août 2024
Le magistrat désigné,
Signé
P. E
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
N°2402020
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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