mardi 27 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête n°2402044 enregistrée le 30 juillet 2024, Mme D F épouse B représentée par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Vienne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale en ce qu'il est fait état de ce qu'elle est sans enfant alors qu'elle vit avec son époux et son fils qui a obtenu le statut de réfugié ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que rien ne s'opposait à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine alors que son fils a obtenu le statut de réfugié et ne peut plus retourner en Russie ;
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle ne pourra espérer obtenir un visa pour venir en France rendre visite à son fils ;
- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques encourus en cas de retour en Russie où elle a été convoquée pour un interrogatoire en lien avec une accusation d'appel à des activités extrémistes ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II - Par une requête n°2402045 enregistrée le 30 juillet 2024, M. A B représenté par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale en ce qu'il est fait état de ce qu'il est sans enfant alors qu'il vit avec son épouse et son fils qui a obtenu le statut de réfugié ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que rien ne s'opposait à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine alors que son fils a obtenu le statut de réfugié et ne peut plus retourner en Russie ;
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il ne pourra espérer obtenir un visa pour venir en France rendre visite à son fils ;
- la décision contestée est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en ce que les risques encourus en cas de retour en Russie sont réels puisqu'il n'a pas répondu à sa convocation pour aller combattre en Ukraine, ce qui l'expose à être emprisonné et à subir des actes de torture.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 22 août 2024*
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenu en présence de Mme GILBERT, greffière:
- le rapport de M. E
- et les observations de Me Bonnet en présence des requérants accompagnés de Mme C, interprète qui reprend les conclusions et les moyens de la requête en insistant sur les points suivants : le fils des requérants, qui a obtenu le statut de réfugié en France, était membre de l'opposition politique en Russie, cette appartenance politique leur fait courir un risque de subir des mauvais traitements en Russie ; en cas de retour en Russie, les requérants ne pourront plus revenir en France pour rendre visite à leur fils en ce qu'il est très peu vraisemblable qu'ayant fait l'objet d'une OQTF, un visa leur soit délivré ; le risque qu'ils invoque est manifesté par une nouvelle convocation d'enrôlement dans l'armée russe datée d'août en ce qui concerne M. B, qui n'est par ailleurs pas le seul ressortissant russe a avoir été convoqué de la sorte ; Mme B est exposée au risque maltraitances puisqu'elle est suspectée d'avoir commis un crime en Russie en participant à des activités extrémistes ; aussi les requérants, dont le fils a le statut de réfugié en France, devraient pouvoir rester sur le territoire français.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A B et Mme D B, ressortissants russes, nés respectivement en juillet 1975 et en janvier 1972, déclarent être entrés en France le 6 janvier 2023 munis de leurs passeports en cours de validité. Ils ont déposé une demande d'asile qui a été instruite en procédure normale. Par des décisions du 31 août 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a opposé un refus à leur demande et les recours qu'ils ont exercés devant la Cour nationale du droit d'asile ont été rejetés par des décisions du 2 février 2024. Par deux décisions du 5 juillet 2024, le préfet de la Vienne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils seraient susceptibles d'être éloignés en cas d'exécution contrainte. M. et Mme B demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.
3. Il ressort des termes des décisions attaquées que le préfet s'est livré à un examen particulier de la demande de M. et Mme B notamment eu égard à son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Si les requérants font grief au préfet de ne n'avoir pas pris en compte la présence de leur fils, âgé de 26 ans qui a obtenu le statut de réfugié en juillet 2023, il ressort des pièces et il n'est pas contesté que les requérants qui ont indiqué dans les documents de demande d'asile n'avoir pas d'enfant présent en France, n'ont pas signalé au préfet la présence de leur fils sur le territoire français et n'ont pas sollicité un titre de séjour en se prévalant de cette situation. En outre, il résulte de l'instruction que, même s'il avait été informé de cette circonstance, le préfet, eu égard à l'ensemble des autres éléments caractérisant la vie privée et familiale des intéressés énumérés par l'arrêté attaqué, aurait pris la même décision. Dans ces conditions, l'omission en cause est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.
4. Au soutien des moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle et de l'atteinte disproportionnée à leur droit à mener une vie privée et familiale normale en France, les requérants se prévalent de la présence sur le territoire national de leur fils qui y réside de manière régulière sous le statut de réfugié et de l'impossibilité dans laquelle ils seront de le revoir une fois éloignés. Toutefois, le fils des requérants est majeur et rien au dossier ne permet de dire que la présence à leurs côtés de leur fils leur serait indispensable et, en outre, M. et Mme B qui ne font pas l'objet d'une décision d'interdiction de retour pourront rendre visite à leur fils sous couvert d'un visa de court séjour. En outre, le séjour en France des intéressés est récent et tous deux font l'objet de mesures d'éloignement similaires et pourront s'établir ensemble dans leur pays d'origine, de manière à préserver leur cellule familiale. Enfin, les requérants qui ne justifient d'aucune insertion sociale particulière, n'indiquent pas avoir de liens privés en France en dehors de leur fils et n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu l'essentiel de leur vie. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté au droit de M. et Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises et celles-ci n'ont, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Au vu de l'ensemble de la situation des intéressés, les décisions en litige ne peuvent davantage être regardées comme entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. et Mme B.
5. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour de M. et Mme B en France, les décisions d'obligation de quitter le territoire qui leur ont été opposées ne violent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne paraissent pas reposer sur une appréciation manifestement erronée de leurs situations.
6. Toutefois, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
7. Les requérants soutiennent qu'ils risquent de subir les traitements prohibés par les stipulations et dispositions précitées en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité, la Russie. Toutefois, les demandes d'asile présentées par les époux B ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par deux décisions du 31 août 2023, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 2 février 2024. Si M. B a fait l'objet de deux convocations, le 24 août 2023 et le 8 août 2024, par les autorités militaires russes dans le cadre de la mobilisation partielle des appelés lui intimant l'ordre de se présenter au commissariat militaire en vue de son affectation dans les forces militaires de la Fédération de Russie, il ne peut être déduit de ces seules convocations, en l'absence de toute autre argumentation sur les conditions dans lesquelles le requérant pourrait se trouver mobilisé puis appelé à combattre, qu'il serait exposé, en cas de retour en Russie, à des risques de traitement inhumain ou dégradant. Enfin, si Mme B soutient être menacée en cas de retour en Russie pour être suspectée de crime et " d'appels publics à des activités extrémistes ", elle ne démontre pas la réalité des menaces et des risques encourus en se bornant à produire une convocation pour un interrogatoire émanant du service de police du district central de la ville de Novossibirsk adressée le 2 juillet 2023. Les pièces nouvelles n'ayant pas permis de modifier cette analyse, il y a lieu de considérer que les décisions fixant le pays de destination en litige n'ont pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions en litige du préfet de la Vienne. En conséquence, leurs conclusions tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme F, épouse B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D F épouse B et au préfet de la Vienne
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 août 2024
Le magistrat désigné,
Signé
P. E
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Nos2402044, 2402045
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026