mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402117 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 août 2024, Mme B A, représentée par Me Moussa, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français pour l'intégration et l'immigration (OFII) de Poitiers lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence posée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 521-1
du code de justice administrative est satisfaite dès lors que la décision contestée, en la privant de la possibilité de percevoir l'allocation pour demandeur d'asile, a des conséquences graves sur sa situation personnelle compte tenu de son âge, de son état de santé et de sa situation de vulnérabilité ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont elle demande la suspension ; cette décision est entachée d'incompétence ; elle n'est pas suffisamment motivée ; il ressort de sa motivation que le directeur territorial, qui s'est borné à citer les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à s'approprier la motivation retenue par le préfet de la Vienne dans l'attestation de réexamen de sa demande d'asile, n'a pas procédé à un examen individuel approfondi de sa situation personnelle ; la fiche d'évaluation de vulnérabilité en date du 30 juillet 2024 n'indique pas le nom et la qualité de l'agent de l'OFII qui a effectué cette évaluation, ni s'il a été formé spécifiquement pour ce faire conformément à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la procédure dont elle a fait l'objet est irrégulière dès lors que la décision attaquée a été prise sans que lui soient notifiées, dans une langue qu'elle comprend, les modalités de refus des conditions matérielles d'accueil en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de vulnérabilité dans laquelle elle se trouve et méconnaît les articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 dès lors qu'elle a fait l'objet d'actes d'excision ; l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ; la décision de l'OFII du 30 juillet 2024 porte atteinte à l'exercice effectif de la liberté fondamentale de solliciter l'asile.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 3 août 2024 sous le n° 2402118 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Campoy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A, ressortissante guinéenne née le 1er juillet 1993, a demandé l'asile le 29 novembre 2022. Par une décision en date du 6 février 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le 4 juillet 2024, l'intéressée a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Le 30 juillet 2024, la préfecture de la Vienne lui a délivrée une attestation de réexamen de sa demande d'asile selon la procédure accélérée. Le même jour, le directeur territorial de l'Office français pour l'intégration et l'immigration (OFII) de Poitiers a décidé de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 551-15 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, Mme B A fait valoir qu'elle est en situation de précarité et qu'elle est vulnérable. Toutefois, il résulte de l'évaluation à laquelle a procédé l'administration que la requérante est hébergée par une amie et qu'elle n'a fait valoir devant l'OFII aucun autre motif de vulnérabilité, pas plus, du reste, que devant le juge des référés. Mme A ne démontre pas, dès lors, que la décision dont elle demande la suspension préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts. Dans ces conditions, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.
5. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A.
Copie en sera transmise à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Poitiers, le 6 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. Campoy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ouà` tous commissaires de justiceà` ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoirà` l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
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