jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402140 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire de production de pièces enregistrés les 6 et 7 août 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Quai 30, représentée par Me Calmels, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté en date du 30 juillet 2024 par lequel le maire de la commune de Jarnac (Charente) a procédé à la fermeture administrative de l'établissement dénommé " Quai 30 ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Jarnac une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence posée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 521-1
du code de justice administrative est satisfaite dès lors que l'arrêté attaqué la prive de toute recette, ce qui la met dans l'impossibilité de faire face au remboursement d'un prêt qu'elle a souscrit ainsi qu'à ses charges salariales ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté dont elle demande la suspension ; l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qui concerne les manques relevés à la sécurité incendie, aux issues de secours et à l'aménagement de la terrasse flottante ; il est entaché d'une erreur de fait et de droit en ce qui concerne le respect de la prescription n°1 de la commission de sécurité dès lors que le respect de la côte inondation ne trouve à s'appliquer qu'aux opérations de construction emportant création d'emprise au sol, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ; l'arrêté attaqué est entaché de détournement de pouvoir ; la mesure de fermeture est disproportionnée dès lors que l'établissement est en conformité avec la réglementation applicable et que le public n'est exposé à aucun risque avéré.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 6 août 2024 sous le n° 2402139 par laquelle la SAS Quai 30 demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Campoy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Quai des moulins est propriétaire d'un immeuble d'habitation, cadastré section AS n° 551, sis 30 rue des Moulins à Jarnac, dont le rez-de-chaussée abritait un garage et le 1er étage un appartement, l'ensemble donnant sur une terrasse au bord de la Charente. Elle a loué cet immeuble à la société par actions simplifiée (SAS) Quai 30 qui y a aménagé un bar à bières et à vins estival, composé d'une salle au rez-de-chaussée du bâtiment et d'une terrasse extérieure ainsi que d'une terrasse flottante. La SAS Quait 30 exploite cet établissement depuis le 1er juin 2023. Le 3 juin 2024, la commission de sécurité de l'arrondissement de Cognac a émis un avis défavorable à l'accueil du public en raison du non-respect des règles de sécurité et a assorti cet avis défavorable de dix-huit prescriptions conditionnant l'exploitation de cet établissement. Le 9 juillet 2024, le maire de la commune de Jarnac a mis en demeure la SAS Quai 30, en application des dispositions de l'article L. 143-3 du code de la construction et de l'habitation, de mettre en œuvre et de respecter ces prescriptions dans un délai de quinze jours. Le 25 juillet 2024, la SAS Quai 30 a mis à la disposition de la commune de Jarnac, sur l'application " Wetransfer.com ", un courrier accompagné de pièces jointes justifiant, selon elle, qu'elle avait respecté 16 des 18 prescriptions de la commission de sécurité et attendait, pour l'une de ces 16 prescriptions un nouveau rapport attestant de la conformité des installations électriques. Par courrier du 26 juillet 2024, reçu par la commune le 29 juillet suivant, elle a adressé le même courrier et les mêmes pièces, ainsi que le rapport de conformité des installations électriques, l'extrait du registre de sécurité y afférent et les photographies de la pose des bois horizontaux. Par un arrêté en date du 30 juillet 2024, le maire de la commune de Jarnac, estimant que la réponse apportée par l'exploitant dans son courrier du 29 juillet 2024 était insuffisante, a décidé, d'une part, de prononcer la fermeture au public de l'établissement qu'exploite la SAS Quai 30, d'autre part, de subordonner la réouverture des locaux au public à un avis favorable délivré par la commission de sécurité. La SAS Quai 30 demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. Pour justifier de la situation d'urgence qu'elle invoque, la SAS Quai 30 soutient que l'arrêté attaqué la prive de toute recette ce qui la met dans l'impossibilité de faire face aux échéances de remboursements d'un prêt qu'elle a souscrit ainsi qu'à ses charges salariales. Toutefois, les pièces produites dans la présente instance ne permettent pas d'établir que l'exécution de l'arrêté contesté serait de nature à caractériser une urgence dès lors, d'une part, que la société requérante n'établit pas, ni d'ailleurs n'allègue, qu'elle ne pourrait mettre son salarié au chômage et, d'autre part, que le tableau d'amortissement qu'elle fournit n'établit pas qu'elle aurait bien conclu le prêt correspondant, ni que la conclusion de ce prêt, dont le tableau susmentionné indique qu'il ne doit être remboursé qu'à compter du 10 août 2024, aurait été contracté avant l'arrêté contesté. En toute hypothèse, la société n'apporte aucun élément permettant d'apprécier son bilan et sa trésorerie.
4. Dans ces conditions, et compte tenu de l'intérêt public s'attachant au respect des prescriptions concernant les établissements recevant du public, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par la SAS Quai 30 ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SAS Quai 30 est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Quai 30.
Copie en sera transmise à la commune de Jarnac.
Fait à Poitiers, le 8 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. CAMPOY
La République mande et ordonne au préfet de la Charente, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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