mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402192 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 août 2024 et un mémoire enregistré le 29 août 2024, M. C A, représenté par la SELARL Bonneau-Castel-Portier-Guillard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation pour l'application des dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision d'assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'a aucun intérêt à se soustraire à la décision l'obligeant à quitter le territoire français et présente des garanties de représentation suffisantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme B pour exercer les fonctions prévues par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, qui déclare être un ressortissant sierra-léonais né le 5 mai 1978, est entré en France de façon irrégulière le 4 mai 2016. M. A a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 15 mars 2017 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 22 octobre 2020 de la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 10 décembre 2020, le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 2 juillet 2024, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Par arrêté du 2 août 2024 notifié le 6 août 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté :
2. Par un arrêté du 13 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente-Maritime, M. Emmanuel Cayron, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de signature par le préfet de la Charente-Maritime à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains domaines parmi lesquels ne figurent pas les actes relevant du champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. / () Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. () ".
4. Le requérant ne conteste pas utilement que l'emploi de plongeur, qu'il exerce selon ses dires au sein de la société Le transat depuis plusieurs années, ne relève pas de la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définies à l'article L. 414-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté de faux documents d'identité lors de son arrivée en France, qu'il s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée le 23 février 2021 et qu'il ne justifie d'aucune intégration sociale et familiale en France. Dans ces conditions, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant assignation à résidence :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
6. La décision portant assignation à résidence vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Elle indique que M. A, qui dispose d'un hébergement à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), ne peut quitter immédiatement le territoire français dès lors que l'exécution effective de son obligation de quitter le territoire français ne pourra intervenir qu'après l'obtention d'un vol à destination du pays dont il a la nationalité ou où il serait légalement admissible. La décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
7. En second lieu, la circonstance que le requérant n'aurait pas l'intention de fuir et qu'il dispose de garanties de représentation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui n'a pas été prise au regard des intentions de fuite de l'intéressé.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 2 août 2024 doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Charente-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. BLa greffière d'audience,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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