vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402303 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 août 2024, la Fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres, représentée par la SCP Waquet, Farge, Hazan, avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1°) à titre principal, de retirer l'ordonnance n°2401727 rendue le 23 juillet 2024 par le tribunal administratif de Poitiers ;
2°) de rejeter la requête en suspension des associations AVES, One Voice, ASPAS, LPO, Deux-Sèvres Nature Environnement et Vétérinaires pour la biodiversité ;
3°) à titre subsidiaire, de mettre fin à la suspension de l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres qui autorise une période complémentaire pour la chasse aux blaireaux du 1er juillet au 15 janvier 2025 ;
4°) de mettre à la charge de ces associations la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- sa requête en tierce-opposition est recevable ;
- ses conclusions fondées sur l'article L. 521-4 du code de justice administrative sont recevables ;
- les deux conditions propres à la suspension de l'arrêté litigieux ne sont pas réunies en l'espèce.
Vu :
- l'ordonnance n°2401727 du 23 juillet 2024 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a suspendu l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres en date du 13 juin 2024 autorisant une période de chasse complémentaire concernant les blaireaux du 1er juillet 2024 au 15 janvier 2025 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la tierce opposition :
1. Aux termes de l'article R. 832-1 du code de justice administrative : " Toute personne peut former tierce opposition à une décision juridictionnelle qui préjudicie à ses droits, dès lors que ni elle ni ceux qu'elle représente n'ont été présents ou régulièrement appelés dans l'instance ayant abouti à cette décision ". En vertu de ces dispositions, toute personne qui n'a été ni appelée, ni représentée dans l'instance peut former tierce opposition à une décision juridictionnelle. Cette voie de rétractation est ouverte à ceux qui se prévalent d'un droit auquel la décision entreprise aurait préjudicié.
2. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'environnement : " Les associations dénommées fédérations départementales des chasseurs participent à la mise en valeur du patrimoine cynégétique départemental, à la protection et à la gestion de la faune sauvage ainsi que de ses habitats. Elles assurent la promotion et la défense de la chasse ainsi que des intérêts de leurs adhérents. / Elles apportent leur concours à la prévention du braconnage. Elles conduisent des actions d'information, de formation, d'éducation et d'appui technique à l'intention des gestionnaires des territoires, du public et des chasseurs et, le cas échéant, des gardes-chasse particuliers. Elles exercent, pour la gestion des associations communales et intercommunales de chasse agréées, les missions qui leur sont confiées par la section 1 du chapitre II du présent titre et coordonnent l'action de ces associations. Elles mènent des actions d'information et d'éducation au développement durable en matière de connaissance et de préservation de la faune sauvage et de ses habitats ainsi qu'en matière de gestion de la biodiversité. / Elles conduisent des actions de prévention des dégâts de gibier et assurent l'indemnisation des dégâts de grand gibier dans les conditions prévues par les articles L. 426-1 et L. 426-5. / Elles élaborent, en association avec les propriétaires, les gestionnaires et les usagers des territoires concernés, un schéma départemental de gestion cynégétique, conformément aux dispositions de l'article L. 425-1. / Elles conduisent également des actions pour surveiller les dangers sanitaires impliquant le gibier ainsi que des actions participant à la prévention de la diffusion de dangers sanitaires entre les espèces de gibier, les animaux domestiques et l'homme. / Elles conduisent des actions concourant directement à la protection et à la reconquête de la biodiversité ou apportent un soutien financier à leur réalisation. () ".
3. Par l'ordonnance attaquée n°2401727 du 23 juillet 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a suspendu l'exécution de l'arrêté en date du 13 juin 2024 de la préfète des Deux-Sèvres en tant qu'il concerne le blaireau et autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du 1er juillet 2024 au 15 janvier 2025. Il résulte de l'instruction que la fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres n'a été ni appelée ni n'a été présente à l'instance ayant abouti à cette ordonnance. Toutefois, la fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres qui, en vertu de ses statuts et conformément aux dispositions précitées, a notamment pour objet de représenter les intérêts des chasseurs, de contribuer à la protection et à l'aménagement des milieux naturels servant à l'habitat de la faune sauvage et de participer à la conservation de la faune sauvage, en particulier des espèces chassables, ne justifie pas à ce seul titre, d'un droit auquel l'ordonnance n°2401727 aurait préjudicié et qui lui aurait donné qualité, à défaut d'intervention de sa part, pour former devant le juge des référés, sur le fondement de l'article R. 832-1 du code de justice administrative, une tierce opposition..
4. Il y a lieu de rejeter la requête en tierce-opposition formée par la fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres à l'ordonnance attaquée.
Sur la demande présentée sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
6. Il résulte des termes de la requête que la fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres reprend les moyens soulevés dans le mémoire en défense produit par la préfète dans le cadre de l'instance de référé initialement engagée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Sa requête conteste ainsi, en réalité, l'appréciation juridique des faits telle qu'opérée par le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers. Cette circonstance ne constitue pas un fait nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative justifiant qu'il soit mis fin aux effets de l'ordonnance en litige. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative sont manifestement irrecevables. Il y a donc lieu de rejeter la requête selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres.
Copie en sera adressée à la préfète des Deux-Sèvres.
Fait à Poitiers, le 30 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
P. CRISTILLE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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