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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402394

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402394

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Poitiers, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision du 7 août 2024 du garde des sceaux, ministre de la justice, ordonnant le maintien à l'isolement de M. A pour la période du 15 août au 15 novembre 2024. Le juge a estimé que la condition d'urgence était présumée remplie s'agissant d'une mesure prolongeant l'isolement et qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment en raison de l'absence d'avis médical récent préalable, en méconnaissance de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire. La solution retenue est la suspension de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur sa légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, M. B A, représenté par la SCP Thémis avocats et associés, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 7 août 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé son maintien à l'isolement pour la période du 15 août au 15 novembre 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe une présomption d'urgence à suspendre une décision ayant pour effet de prolonger le placement à l'isolement d'une personne détenue et que l'administration pénitentiaire ne fait état d'aucune circonstances particulières permettant de renverser cette présomption d'urgence ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée pour les motifs suivants :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- l'entier dossier ne lui a pas été remis et n'a pu être consulté par son conseil avant que n'intervienne la décision contestée, de sorte que les droits de la défense ont été méconnus ;

- l'avis préalable du médecin n'a pas été recueilli, contrairement aux dispositions de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire ; l'avis du 2 juillet 2024 mentionné par la décision contestée était trop ancien pour être valablement pris en compte ;

- il n'est pas établi que la décision a été prise sur le rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le directeur de l'établissement, conformément aux dispositions de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son comportement, qui ne menaçait pas la sécurité de l'établissement ou des personnes ne justifiait pas son placement à l'isolement ; l'administration ne mentionne pas d'incidents précis et récents ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2024 à 12h20, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie compte tenu du profil du requérant et de la nécessité de prévenir toute atteinte à la sécurité et au bon ordre de l'établissement ;

- il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 4 septembre 2024 sous le numéro 2402393 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Bris, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Le Bris a lu son rapport au cours de l'audience publique tenue le 17 septembre 2024 à 13h45 en présence de Mme Gibault, greffière d'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande la suspension de l'exécution de la décision du 7 août 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé son maintien à l'isolement à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime) pour la période du 15 août au 15 novembre 2024.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder provisoirement l'aide juridictionnelle à M. A.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. / () ". Aux termes de l'article R. 213-25 du même code : " Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable./

La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef de l'établissement pénitentiaire selon les modalités prévues par les dispositions de l'article R. 213-21. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. / Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée ".

5. En l'état de l'instruction, eu égard à l'ensemble des pièces produites en défense par le garde des sceaux, ministre de la justice, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

6. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin de suspension.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à la SCP Thémis avocats et associés.

Fait à Poitiers, le 19 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

I. LE BRIS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

Signé

G. FAVARD

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