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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402398

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402398

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402398
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. et Mme A. Ces derniers demandaient le retrait de la licence IV accordée à une guinguette, invoquant des nuisances sonores et des incivilités portant atteinte à leur droit de vivre dans un environnement sain, reconnu comme une liberté fondamentale. Le juge a estimé que les éléments produits (une seule main courante pour tapages) ne caractérisaient pas une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde dans le délai de quarante-huit heures. Par conséquent, la requête a été rejetée comme manifestement mal fondée en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Le droit de chacun de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, tel que proclamé par l'article premier de la Charte de l'environnement, présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toute personne justifiant, au regard de sa situation personnelle, notamment si ses conditions ou son cadre de vie sont gravement et directement affectés, ou des intérêts qu'elle entend défendre, qu'il y est porté une atteinte grave et manifestement illégale du fait de l'action ou de la carence de l'autorité publique, peut saisir le juge des référés sur le fondement de cet article. Il lui appartient alors de faire état de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier, dans le très bref délai prévu par ces dispositions, d'une mesure d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 précité est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. Compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

3. M. et Mme A sont propriétaires à Angoulême (Charente) d'un ensemble immobilier où ils résident, qui est situé 22 rue de Bourgines à proximité immédiate de la passerelle qui mène sur l'île de Bourgine qui constitue une zone naturelle permettant des activités de loisir. La SAS Bivouac, exploite depuis le 4 mai 2024, une activité commerciale de restauration et activités annexes de type " guinguette " à caractère saisonnier au n° 24 de la rue de Bourgines, dans le cadre d'une convention d'occupation du domaine public signée avec la commune d'Angoulême le 10 août 2023. M. et Mme A demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire d'Angoulême de retirer la licence IV autorisant la vente d'alcool qui a été accordée à la SAS Bivouac pour cette guinguette. Ils font valoir que l'exploitation d'une licence IV dans ce lieu, alors notamment que le nombre maximum de convives fixé à 200 par la convention d'occupation est régulièrement dépassé et qu'aucune étude d'impact sonore n'a été réalisée, est de nature à créer des incivilités au préjudice des usagers des installations sportives situées sur l'île de Bourgines et des nuisances au préjudice des riverains dont ils font partie. Les éléments produits par les requérants pour justifier des nuisances et incivilités qu'ils invoquent, qui se limitent à une main courante pour " tapages " déposée le 25 juin 2024, ne permettent toutefois pas de justifier d'une situation d'urgence telle qu'elle implique qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. et Mme A, y compris les conclusions qu'ils ont présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la commune d'Angoulême n'étant pas la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et Mme D A.

Copie en sera adressée à la commune d'Angoulême.

Fait à Poitiers, le 5 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

N°2402398

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