vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402522 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | BOUILLAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17 septembre, 2 et 3 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Bouillault, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut de son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il est signé par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et approfondi de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, le seul fait qu'il soit placé en détention provisoire ne suffisant pas à caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale et méconnait donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Bréjeon, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bréjeon ;
- les observations de Me Bouillault, représentant M. A, qui indique que le requérant est entré en France à l'âge d'un an, que sa fratrie est née en France et qu'il vit avec son père, de sorte que les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale. En outre, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive compte tenu de ses liens privés en France, de la durée de sa présence en France et du fait qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en mars 2002 et de nationalité gambienne, déclare être en France en 2003 ou 2004. Il a été placé en détention provisoire à compter du 31 mai 2023 pour des faits de tentative d'assassinat, recel de bien provenant d'un vol, détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B, violence sur un fonctionnaire de police nationale suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours aggravée par au moins deux circonstances et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder provisoirement l'aide juridictionnelle à M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°)Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré en France alors qu'il était âgé d'un an, accompagné de ses deux parents qui ont eu, après leur entrée en France, d'autres enfants nés sur le sol français, qu'il a été scolarisé en France de l'école maternelle jusqu'à la classe de première, que des documents de circulation pour étranger mineur lui ont été délivrés par la préfecture de la Haute-Vienne du 28 avril 2010 au 27 avril 2015 puis par la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 6 octobre 2016 au 4 mars 2020 et qu'il réside chez son père. Il soutient, en outre, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. S'il ressort également des pièces du dossier que M. A a été placé en détention provisoire depuis le 31 mai 2023 pour des faits de tentative d'assassinat, de recel de bien provenant d'un vol, détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B, de violence sur un fonctionnaire de police nationale suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours aggravée par au moins deux circonstances et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, ces faits n'ont pas fait l'objet d'une condamnation pénale. Enfin, si le préfet de la Vienne se prévaut des mises en causes révélées par la consultation du traitement des antécédents judiciaires, il n'est pas justifié de poursuites ou de condamnations judiciaires à son égard concernant ces faits. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, et compte tenu de l'âge auquel l'intéressé est entré en France, le préfet de la Vienne, en obligeant M. A à quitter le territoire français, a porté à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Vienne du 16 septembre 2024 obligeant M. A à quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'annulation de l'arrêté en litige n'impliquant nécessairement aucune des mesures d'exécution demandées dans la requête, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais du litige :
7. Le conseil du requérant, admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bouillault de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Vienne a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bouillault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Bouillault une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bouillault et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2024.
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026