vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402544 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, M. et Mme C et B D, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 août 2024, notifiée par la rectrice de l'académie de Poitiers le 26 août suivant, par laquelle la commission de l'académie de Poitiers a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision en date du 15 juillet 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) des Deux-Sèvres leur a refusé l'autorisation d'instruire en famille leur enfant E D au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Poitiers de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant en famille sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ou, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de leur demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence posée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 521-1
du code de justice administrative est satisfaite dès lors, d'une part, qu'une décision en cours d'année viendrait bouleverser le parcours scolaire de leur enfant, d'autre part, que la décision contestée implique une rupture dans la méthode pédagogique appliquée à leur fils qui pratique l'instruction en famille depuis le début de son instruction selon une méthode qui a toujours fait l'objet de contrôles favorables par les services du rectorat et, enfin, que leur fils, qui a eu des troubles auditifs liés à une pathologie temporaire jusqu'à ses 6 ans, conserve de nombreuses séquelles, en particulier, une régression de l'expression orale, une réduction de sa capacité de concentration et de sa confiance en lui ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont ils demandent la suspension ; cette décision est entachée d'incompétence ; la procédure dont ils ont fait l'objet est irrégulière dès lors que la régularité de la composition de la commission n'est pas justifiée et que la décision attaquée ne mentionne pas la liste des membres présents lors de la réunion de cette commission ; la décision dont la suspension est demandée méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 septembre 2024 sous le n° 2402543 par laquelle M. et Mme D demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Campoy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " () Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence (), le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes qui sont tributaires de lui, caractérisent une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
3. En premier lieu, si M. et Mme C et B D soutiennent que la décision contestée implique une rupture dans la méthode pédagogique appliquée à leur fils, E D, né le 7 octobre 2017, qui pratique l'instruction en famille depuis le début de son instruction, selon une méthode qui aurait, selon eux, toujours fait l'objet de contrôles favorables par les services du rectorat, ils n'établissent pas cette dernière circonstance, la pièce jointe à leur mémoire, censée justifier du résultat de ces contrôles, étant, en réalité, le certificat médical d'un médecin généraliste indiquant simplement que leur fils est suivi depuis 2021 par un otorhinolaryngologiste. En toute hypothèse, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le changement de méthode pédagogique inhérent à une scolarisation dans un établissement public ou privé d'enseignement serait nécessairement préjudiciable au fils des intéressés, ni que ces établissements ne seraient pas en mesure d'adapter leur prise en charge aux problèmes que rencontre ce dernier, en particulier, la régression de son expression orale et la réduction de sa capacité de concentration, dont il n'est d'ailleurs aucunement établi par les pièces du dossier qu'ils seraient imputables à ses troubles otorhinolaryngologiques.
4. En deuxième lieu, à supposer qu'en faisant valoir qu'une décision en cours d'année viendrait bouleverser le parcours scolaire de leur enfant, A et Mme D aient entendu soutenir que l'absence de suspension de la décision litigieuse serait de nature à priver d'effet le jugement d'annulation au fond qui interviendra postérieurement à la rentrée scolaire alors que la situation de scolarisation de leur enfant sera déjà constituée, le juge des référés, qui statue en urgence et en l'état de l'instruction, ne saurait, sans aller au-delà de ce qu'implique son office, préjuger de la légalité au fond de la décision dont la suspension est demandée, pour apprécier si la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite.
5. En dernier lieu, la circonstance qu'une précédente autorisation d'instruction en famille a été octroyée aux intéressés ne crée pas, en soi, de situation d'urgence.
6. Dans ces conditions, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par M. et Mme D ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C et B D.
Copie en sera transmise pour information à la rectrice de l'académie de Poitiers.
Fait à Poitiers, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. CAMPOY
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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