lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre - Référé |
| Avocat requérant | SELARL LELONG DUCLOS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Lelong, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision en date du 22 août 2024 notifiée le 24 août par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familial, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée dès lors que la préfète a refusé le renouvellement de son titre de séjour ; en outre, la décision contestée porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et des enfants de sa compagne Mme B issus d'un premier lit, dès lors qu'il est très impliqué dans leur éducation que ce soit sur le plan scolaire ou extra-scolaire ; cette décision entrainera la perte de son contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel qu'il a pu continuer d'exécuter grâce aux récépissés délivrés ; il ne pourra plus subvenir aux besoins de sa famille ; il ne pourra reconstituer la cellule familiale au Surinam son pays d'origine car les 3 enfants de son épouse sont français.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision portant refus d'un titre de séjour a été prise par une autorité incompétente;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, dès lors que l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire national prime sur le sujet d'ordre public, qui n'est même pas établi ;
- elle enfreint les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite au regard des circonstances particulières à l'origine de la décision en litige ; la décision attaquée est un refus de séjour simple et le requérant ne fait donc pas l'objet d'une mesure d'éloignement ; le requérant n'ayant demandé le renouvellement de son titre de séjour que le 23 janvier 2023, soit au-delà des deux derniers mois précédant l'expiration de son titre, démontre un manque de diligence et d'intérêt quant à la régularisation de sa situation administrative sur le territoire national ; aucune mesure d'éloignement n'a été édictée à son encore de sorte qu'il n'est pas démontré que la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa cellule familiale ; que les allégations selon lesquelles il chercherait un emploi sont sans influence pour justifier l'urgence à suspendre la décision, dès lors que ce refus ne l'empêche pas de poursuivre ses démarches de recherche d'emploi :
- la décision contestée a été compétemment signée, elle est suffisamment motivée ; elle n'est pas entachée des autres illégalités invoquées ; en effet, cette décision n'est pas contraire aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues ; la décision n'est pas davantage contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 juin 2024 sous le n° 2402590 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision du 22 août 2024.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenu en présence de Mme D :
- le rapport du juge des référés, M. E ;
- les observations de Me Duclos, représentant M. A, présent à l'audience qui reprend les moyens soulevés dans la requête en insistant sur les points suivants : l'arrêté en litige reprend les termes de l'arrêté que le juge des référés de ce tribunal a suspendu ; la préfète ne s'est pas pourvue en cassation mais s'est bornée à reprendre la même décision ; le fait que le titre de séjour n'ait pas été accompagné d'une obligation de quitter le territoire est une circonstance sans incidence sur l'appréciation de la condition d'urgence ; il existe bien une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant ; la situation familiale est identique à celle qui prévalait au moment de la suspension décidée le 15 juillet ; M. A est toujours logé chez sa compagne et le couple est toujours réunie et leur relation est stable ; l'arrêté a pour effet de séparer la cellule familiale et porter atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ; quant à la vie professionnelle, le préfet ayant refusé d'accorder une autorisation provisoire de rester sur le territoire, M. A n'a pas eu l'occasion de pouvoir travailler alors qu'il disposait auparavant d'un CDI ; M. A n'a pas pu retrouver un emploi car il ne dispose pas d'une autorisation de travail ; la défense n'apporte aucun élément pour renverser la présomption d'urgence ; M. A est inconnu des services de police ; si la préfète évoque une enquête de police toujours en cours pour des faits de corruption de mineur de quinze ans, le requérant n'a toujours pas été auditionné, ni ne figure sur le fichier TAJ ; la préfète ne pouvait se fonder sur motif lié à l'ordre public sans entacher sa décision d'un erreur manifeste d'appréciation.
La préfète des Deux-Sèvres n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. De nationalité surinamienne, M. A qui est né en 1983 est entré en France en mai 2015 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 15 juillet 2015, il a déposé une demande de titre de séjour en se prévalant de sa vie commune avec une compatriote vivant régulièrement sur le territoire national. Par arrêté du 24 février 2016, le préfet des Deux-Sèvres a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 10 octobre 2017, M. A a formulé une nouvelle demande de titre de séjour, portant la mention " vie privée et familiale ". L'instruction de cette demande n'a pas été conduite jusqu'à son terme. Le 10 juillet 2020, M. A a présenté une autre demande de carte de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 24 juin 2021, le préfet des Deux-Sèvres l'a de nouveau obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 22 décembre 2021, le tribunal administratif de Poitiers a annulé l'arrêté du 24 juin 2021 et a enjoint à l'autorité préfectorale de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Mis en possession de ce titre de séjour, M. A en a sollicité le renouvellement le 25 janvier 2023 et a bénéficié de récépissés. Par une décision du 11 avril 2024, la préfète des Deux-Sèvres lui a opposé un refus de titre de séjour. Par une ordonnance du 15 juillet 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a suspendu l'exécution de la décision du 11 avril 2024 et a enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, impliquant une prise de position expresse sur le droit à la délivrance d'un titre de séjour notifiée à l'intéressé dans ce délai et dans cette attente de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans le cadre de cet examen, par une décision du 22 août 2024, la préfète des Deux-Sèvres a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour à M. A. Celui-ci demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. En faisant état de ce que sa demande est relative au renouvellement d'un titre de séjour qui lui a été précédemment délivré et qu'en l'absence de carte de séjour temporaire, il se trouve démuni, sans aucun droit au séjour sur le territoire national, et qu'il ne dispose ainsi plus de la possibilité de travailler et de subvenir à ses besoins, ou à ceux de sa famille, M. A justifie que les effets de la décision préfectorale qu'il conteste sont de nature à caractériser une urgence permettant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue.
5. En second lieu, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 août 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour à M. A jusqu'au jugement au fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. (). "
7. La présente décision implique qu'il soit enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de délivrer, à titre provisoire jusqu'au jugement de fond, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros, à verser à Me Lelong, avocat de M. A, au titre des frais exposés à raison de la présente instance et non compris dans les dépens, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 22 août 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de délivrer, à titre provisoire et jusqu'au jugement de fond, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lelong avocat de M A la somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à la préfète des Deux-Sèvres et à Me Lelong.
Fait à Poitiers, le 14 octobre 2024
Le juge des référés,
Signé
P. E
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026