mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402639 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Lelong, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du jury du 10 juillet 2024 lui refusant le baccalauréat technologique " Sciences et technologies du management et de la gestion - Mercatique " pour la session 2024, ensemble la décision confirmative du rejet de son recours gracieux par la rectrice de l'académie de Poitiers en date du 16 septembre 2024 ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Poitiers de l'admettre, à titre provisoire, comme titulaire du baccalauréat afin de lui permettre de poursuivre ses études universitaires ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence posée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 521-1
du code de justice administrative est satisfaite dès lors que la délibération contestée aura produit ses effets avant que n'intervienne la décision au fond alors que, s'il avait subi les épreuves d'éducation physique et sportive, les points supplémentaires qu'il aurait obtenus lui auraient permis d'obtenir son baccalauréat ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont il demande la suspension ; la rectrice de l'académie de Poitiers n'est pas compétente pour composer un jury d'examen, de même que pour statuer en qualité de membre de ce jury ; le relevé de notes, qui constitue la feuille de délibération du jury, ne permet pas de vérifier la compétence de l'ensemble des membres du jury et n'est, en outre, pas signé par les différents membres de ce jury ; la décision attaquée n'est motivée ni en droit, ni en fait en ce qui concerne sa dispense de contrôle continu en matière d'éducation physique et sportive ; elle méconnaît les articles D. 336-4 et D. 336-6 du code de l'éducation en ce que, s'il a rencontré des problèmes de santé au cours de l'année 2023/2024, les certificats médicaux qu'il a remis à l'administration ne faisaient état que d'une contre-indication à la pratique sportive du 31 octobre 2023 au 30 avril 2024, ce qui lui permettait de reprendre le sport en contrôle continu à compter de cette dernière date ; la décision attaquée méconnaît, pour les mêmes motifs, le principe d'égalité entre les candidats ; elle méconnaît également l'article D. 336-4 du code de l'éducation et ainsi que les articles 1er et 12 de l'arrêté du 16 juillet 2018 relatif aux modalités d'organisation du contrôle continu pour l'évaluation des enseignements dispensés dans les classes conduisant au baccalauréat général et au baccalauréat technologique, dès lors que, bien que ne disposant pas d'une évaluation chiffrée annuelle de contrôle continu en éducation physique et sportive, il n'a pas été convoqué à une évaluation de remplacement avant la fin de son année de terminale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n° 2402640 par laquelle M. A demande l'annulation de la délibération du jury du 10 juillet 2024 attaquée.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Campoy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " () Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence (), le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes qui sont tributaires de lui, caractérisent une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
3. Pour justifier de l'urgence s'attachant, selon lui, à la suspension de l'exécution de la délibération du jury du 10 juillet 2024 lui refusant le baccalauréat technologique " Sciences et technologies du management et de la gestion - Mercatique " pour la session 2024, M. B A soutient que cette délibération aura produit ses effets avant que n'intervienne la décision au fond alors que que, s'il avait subi les épreuves d'éducation physique et sportive, les points supplémentaires qu'il aurait obtenus lui auraient permis d'obtenir son baccalauréat.
4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, compte tenu de la moyenne actuelle de l'intéressé de 9,37/20, celui-ci ne pourrait obtenir son baccalauréat que dans l'hypothèse où il obtiendrait la note de 20/20 à ses épreuves d'éducation physique et sportive. Faute pour le requérant d'apporter le moindre élément indiquant qu'il aurait des chances sérieuses d'obtenir une telle note, laquelle présente tout-de-même un caractère hautement improbable pour un élève dont il est constant qu'il a subi, au mois d'octobre 2023 une fracture de la colonne vertébrale avec déplacement suite à un accident de voiture et qui a, pour ce motif, été dispensé de toute pratique sportive depuis cette date jusqu'à, à tout le moins, la fin du mois d'avril 2024, les effets de la délibération contestée sur sa situation ne caractérisent pas une situation d'urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue.
4. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera transmise à la rectrice de l'académie de Poitiers.
Fait à Poitiers, le 1er octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. CAMPOY
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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