vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402648 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, le préfet de la Charente demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme C B, de quitter sans délai le logement qu'elle occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), situé 237 rue de Basseau à Angoulême (16) ;
2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.
Il soutient que :
- le tribunal est compétent ;
- la requête est recevable ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le maintien illégal de la requérante porte une atteinte grave et immédiate à un intérêt public en ce que le taux d'occupation du parc d'hébergement spécialisé destiné aux demandeurs d'asile est de 100% en Charente, ce qui, ajouté à un taux de rotation moyen de 5%, caractérise un dispositif d'accueil saturé dont 13,5% est indûment occupé par des demandeurs d'asile déboutés au rang desquels figure la requérante ;
- la condition tenant à l'utilité est remplie dès lors que le maintien illégal de Mme B compromet le bon fonctionnement du service public et que cette dernière a été déboutée du droit d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, a été mise en demeure de quitter les lieux et occupe indûment un local utilisé par un service public.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Mme Berland, greffière d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions du préfet de la Charente :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 de même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. Il résulte de l'instruction que la demande d'asile présentée par Mme B, ressortissante camerounaise, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) aux termes d'une décision du 15 juin 2022, et notifiée le 27 juillet 2022, et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 26 avril 2023, notifiée le 3 mai 2023. Après notification par le directeur de l'OFII d'une décision de sortie du Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) à compter du 31 mai 2023, le préfet de la Charente a, par un courrier du 29 mai 2024, notifié le 3 juin 2024, mis en demeure Mme B de quitter les lieux dans un délai de trente jours.
5. A la date de la présente ordonnance, Mme B se maintient sans droit ni titre dans un lieu d'hébergement affecté aux demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a définitivement été rejetée. En outre Mme B devait quitter son hébergement au plus tard 30 jours après la date de la notification de la mise en demeure, soit le 3 juillet 2024. L'intéressée, occupant sans droit ni titre, est néanmoins restée dans les lieux. Ainsi, la mesure demandée par le préfet de la Charente ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. Eu égard à la saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Charente, où le taux d'occupation en CADA est de 100%, et où, le taux de rotation moyen est de 5%, et où 13,5% du parc d'hébergement spécialisé en Charente est occupé indûment par des demandeurs d'asile déboutés, la demande d'expulsion présentée par le préfet de la Charente revêt à la fois un caractère d'urgence et d'utilité.
7. En conséquence, le préfet de la Charente est fondé à demander à ce qu'il soit enjoint à Mme B d'évacuer sans délai le logement qu'elle occupe sans droit ni titre. En outre, faute pour l'intéressée de libérer les lieux et d'évacuer les biens lui appartenant, le préfet de la Charente pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée et en recourant, en tant que besoin, au concours de la force publique, sans qu'il soit nécessaire de l'y autoriser spécialement.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à Mme B de libérer le logement qu'elle occupe au sein du CADA situé 237 rue de Basseau à Angoulême, dans les conditions précisées au point 7 de la présente ordonnance.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme C B.
Copie en sera transmise au préfet de la Charente.
Fait à Poitiers, le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
P. A
La greffière
Signé
C. BERLAND
La République mande et ordonne au préfet de la Charente ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
N. COLLET
N°2402648
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026