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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402649

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402649

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné à Mme C E et à M. G F, ainsi qu'à leurs enfants mineurs, de quitter sans délai le logement qu'ils occupent indûment dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) à Angoulême. Le juge a constaté que les intéressés, déboutés de leur demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, se maintiennent sans titre dans un lieu relevant du service public, ce qui, en raison de la saturation du dispositif d'accueil en Charente, constitue une situation d'urgence et d'utilité publique justifiant leur expulsion. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 551-11, L. 552-2 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la fin de l'hébergement après le rejet définitif de la demande d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n°2402649, le préfet de la Charente demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme C E et à ses deux enfants mineurs, A F et B F, de quitter sans délai le logement qu'ils occupent au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), situé 237 rue de Basseau à Angoulême (16) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.

Il soutient que :

- le tribunal est compétent ;

- la requête est recevable ;

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le maintien illégal de la requérante porte une atteinte grave et immédiate à un intérêt public en ce que le taux d'occupation du parc d'hébergement spécialisé destiné aux demandeurs d'asile est de 100% en Charente, ce qui, ajouté à un taux de rotation moyen de 5%, caractérise un dispositif d'accueil saturé dont 13,5% est indûment occupé par des demandeurs d'asile déboutés au rang desquels figurent la requérante et ses enfants ;

- la condition d'utilité est également remplie dès lors que le maintien illégal de Mme E et ses enfants compromet le bon fonctionnement du service public et que cette dernière a été déboutée du droit d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, a été mise en demeure de quitter les lieux et occupe indûment un local utilisé par un service public.

II) Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n°2402650, le préfet de la Charente demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. G F et à ses deux enfants mineurs, A F et B F, de quitter sans délai le logement qu'ils occupent au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), situé 237 rue de Basseau à Angoulême (16) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.

Il soutient que :

- le tribunal est compétent ;

- la requête est recevable ;

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le maintien illégal du requérant porte une atteinte grave et immédiate à un intérêt public en ce que le taux d'occupation du parc d'hébergement spécialisé destiné aux demandeurs d'asile est de 100% en Charente, ce qui, ajouté à un taux de rotation moyen de 5%, caractérise un dispositif d'accueil saturé dont 13,5% est indûment occupé par des demandeurs d'asile déboutés au rang desquels figurent le requérant et ses enfants ;

- la condition d'utilité est également remplie dès lors que le maintien illégal de M. F et ses enfants compromet le bon fonctionnement du service public et que cette dernière a été déboutée du droit d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, a été mise en demeure de quitter les lieux et occupe indûment un local utilisé par un service public.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Mme Berland, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2402649 et n° 2402650, présentées par le préfet de la Charente concernent un couple d'étrangers et ont fait d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur les conclusions du préfet de la Charente :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 de même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il résulte de l'instruction que les demandes d'asile présentées par M. F et par Mme E, ressortissants géorgiens, ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) aux termes de deux décisions du 24 janvier 2023, notifiées le 13 février 2023 et qui ont été confirmées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 2 juin 2023, notifiées le 16 juin 2023. Après notification par le directeur de l'OFII d'une décision de sortie du Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) à compter du 31 juillet 2023, le préfet de la Charente a, par un courrier du 29 mai 2024, notifié le 4 juin 2024, mis en demeure M. F et Mme E et leurs enfants de quitter les lieux dans un délai de trente jours.

6. A la date de la présente ordonnance, M. F et Mme E et leurs enfants se maintiennent sans droit ni titre dans un lieu d'hébergement affecté aux demandeurs d'asile alors que leur demande d'asile a définitivement été rejetée. En outre M. F, Mme E et leurs enfants devaient quitter leur hébergement au plus tard 30 jours après la date de notification de la mise en demeure, soit le 4 juillet 2024. Les intéressés, occupant sans droit ni titre, sont néanmoins restés dans les lieux avec leurs enfants. Ainsi, la mesure demandée par le préfet de la Charente ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

7. Eu égard à la saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Charente, où le taux d'occupation en CADA est de 100%, et où, le taux de rotation moyen est de 5%, et où 13,5% du parc d'hébergement spécialisé en Charente est occupé indûment par des demandeurs d'asile déboutés, la demande d'expulsion présentée par le préfet de la Charente revêt à la fois un caractère d'urgence et d'utilité.

8. En conséquence, le préfet de la Charente est fondé à demander à ce qu'il soit enjoint à M. F, à Mme E et à leurs enfants d'évacuer sans délai le logement qu'ils occupent sans droit ni titre. En outre, faute pour les intéressés de libérer les lieux et d'évacuer les biens leur appartenant, le préfet de la Charente pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés et en recourant, en tant que besoin, au concours de la force publique, sans qu'il soit nécessaire de l'y autoriser spécialement.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à M. F ,à Mme E et à leurs enfants de libérer le logement qu'ils occupent au sein du CADA situé 237 rue de Basseau à Angoulême, dans les conditions précisées au point 8 de la présente ordonnance.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. F et à Mme E.

Copie en sera transmise au préfet de la Charente.

Fait à Poitiers, le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. D

La greffière

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne au préfet de la Charente ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

N. COLLET

N°s 2402649, 2402650

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