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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402703

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402703

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGENEST

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers (2ème chambre) a rejeté la requête de M. A..., ressortissant guinéen, contestant l'arrêté du préfet de la Vienne du 19 août 2024. Cet arrêté refusait de lui délivrer un titre de séjour "salarié", l'obligeait à quitter le territoire, fixait le pays de renvoi et prononçait une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire et a jugé que le refus de titre de séjour, fondé sur les articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par conséquent, les décisions subséquentes (OQTF, délai de départ, pays de renvoi, interdiction de retour) ont été considérées comme légales, et le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme a été rejeté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Genest, demande au tribunal :


1°) d’annuler l’arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;


2°) d’enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour « salarié – travailleur temporaire » dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d’astreinte ;


3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :


Sur l’arrêté dans son ensemble :
il a été pris par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnait les dispositions de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnait les stipulations de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité entachant la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ;
elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur les décisions lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de renvoi :
elles sont illégales par voie de conséquence de l’illégalité entachant la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Le préfet de la Vienne a produit des pièces enregistrées le 10 octobre 2025.

Par une décision du 24 septembre 2024, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.


Le rapport de M. Jarrige a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant guinéen né le 10 février 1997, déclare être entré sur le sol français le 16 février 2020. Sa demande d’asile a fait l’objet d’un rejet par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 13 avril 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 15 décembre 2021. Il s’est soustrait à une première mesure d’éloignement du préfet de la Charente-Maritime du 13 juin 2022. Le 28 novembre 2023, il a sollicité, auprès des services de la préfecture de la Vienne, la délivrance d’un titre de séjour mention « salarié – travailleur temporaire ». Par arrêté du 19 août 2024, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant un an. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur l’arrêté dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 1er juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne le même jour, le préfet de la Vienne a donné délégation à M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, à l’effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département de la Vienne, à l’exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. (…)». L’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d’une carte de séjour temporaire (…) est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ». Aux termes de l’article L. 5221-2 du code du travail : « Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ». L’article L. 5221-5 du code du travail dispose que : « Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. (…) ». Enfin, l’article R. 5221-20 du même code dispose que : « L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : / a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; […] »

4. Pour refuser à M. A... la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié", le préfet de la Vienne s’est fondé sur les circonstances, d’une part, que l’intéressé ne justifie pas être détenteur d’un visa de long séjour et, d’autre part, que s’il se prévaut d’un contrat à durée indéterminée conclu avec la société « Biervanpee SARL » le 18 décembre 2023 en qualité d’employé polyvalent de restauration, il ne justifie pas de la délivrance d’une autorisation de travail, l'emploi en cause ne figure pas sur la liste des métiers en tension dans la région Nouvelle Aquitaine et il n'établit pas qu'une offre a été préalablement publiée auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pendant trois semaines sans pouvoir être satisfaite.

5. D’une part, le préfet de la Vienne pouvait refuser à M. A... la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" au seul motif non contesté qu’il n’était pas détenteur d’un visa de long séjour en application des dispositions précitées des articles L. 421-1 et L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. D’autre part, si l’intéressé fait valoir que la demande d’autorisation de travail déposée par son employeur a été rejetée au motif de l’instruction en cours de sa demande de titre séjour, il n’est ni établi ni même allégué qu’une offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé. Enfin, le métier d’employé polyvalent de restauration ne figure pas dans la liste des métiers en tension au sein de la région Nouvelle-Aquitaine annexée à l’arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l’emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d’un État membre de l’Union européenne, d’un autre État partie à l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse, et en justifiant de six mois dans cet emploi non qualifié à la date de l’arrêté attaqué, M. A... ne justifie pas d’une insertion professionnelle particulière . Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d’un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet de la Vienne n’a ni méconnu les dispositions précitées ni entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».

7. Si M. A... se prévaut de son entrée sur le territoire français le 16 février 2020, il ne justifie pas d’une entrée régulière, s’est maintenu de façon irrégulière sur celui-ci après le rejet de sa demande d’asile et en dépit d’une mesure d’éloignement prise dès le 13 juin 2002 et a attendu ensuite plus d’un an pour solliciter un titre de séjour. Ainsi qu’il a été dit au point 5, il ne justifie pas d’une insertion professionnelle particulière en France à la date de l’arrêté attaqué. Par ailleurs, il ne fait état d’aucune attache familiale en France alors qu’il ne conteste pas ne pas en être dépourvu dans son pays d’origine où il a vécu pendant 23 ans avant son entrée sur le territoire et où résident sa concubine et ses deux enfants selon des déclarations antérieures. Enfin, il n’établit pas, par la production de quelques attestations relatives à des activités bénévoles au sein de l’association des restaurants du cœur et de l’association Primevère Lesson, d’une intégration sociale particulière ou qu’il a tissé sur le territoire national des liens d’une particulière intensité, ancienneté et stabilité. Par suite, en refusant son admission exceptionnelle au séjour au motif qu’il ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet de la Vienne n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation ni méconnu ces dispositions..

8. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet de la Vienne n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ne peut qu’être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les décisions accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de renvoi :

12. il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu’être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pendant un an :

13. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (…). ». Selon l’article L. 613-2 du même code : « (…) les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ». Enfin, l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu’être écarté.

15. En second lieu, eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de M. A..., et compte tenu de la mesure d’éloignement dont il a déjà fait l’objet, en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant un an, le préfet de la Vienne n’a pas commis d’erreur d’appréciation et méconnu les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.





























Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 22 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,
M. Cristille vice-président,
Mme Le Bris, vice-présidente.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.


Le président rapporteur,
Signé
JARRIGE
L’assesseur le plus ancien,
Signé
P. CRISTILLE



La greffière,


Signé


D. MADRANGE




La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,



Signé

D. MADRANGE


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