jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402750 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024 sous le n° 2402750, le préfet de la Charente demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A F et son fils, C F de quitter sans délai le logement qu'ils occupent dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), situé 14 Allée du Champ Brun à Angoulême (16) ;
2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.
Il soutient que :
- le tribunal est compétent ;
- la requête est recevable ;
- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité sont remplies ; 675 places ont été progressivement ouvertes dans le département de la Charente pour offrir un hébergement accompagné en centre d'accueil pour demandeurs d'asile ; le taux d'occupation du parc d'hébergement spécialisé destiné aux demandeurs d'asile est de 100% en Charente ; le dispositif est actuellement totalement saturé ; le maintien illégal de M. F et de son fils compromet le bon fonctionnement du service public alors que l'intéressé a été débouté du droit d'asile en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, qu'il a été mis en demeure de quitter les lieux avant le 14 septembre et qu'il occupe indûment un local utilisé par un service public.
La requête a été communiquée à M. F, qui n'a pas présenté d'observations.
II) Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024 sous le n° 2402751, le préfet de la Charente demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B D et à son fils M. C F de quitter sans délai le logement qu'ils occupent dans l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (HUDA), situé 14 Allée du Champ Brun à Angoulême (16) ;
2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.
Il soutient que :
- le tribunal est compétent ;
- la requête est recevable ;
- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que Mme D et son fils ont été définitivement déboutés de leur demande d'asile et qu'ils occupent irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.
La requête a été communiquée à Mme D, qui n'a pas présenté d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2402750 et n° 2402751, présentées par le préfet de la Charente concernent un couple d'étrangers et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 de même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de l'instruction que les demandes d'asile présentées par Mme B D et par M. A F, et par leur fils M. C F âgé de 17 ans tous de nationalité arménienne, ont été rejetées par deux décisions du 30 octobre 2020, notifiées le 10 novembre 2021, de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) confirmées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 juin 2021, notifiées le 1er juillet 2021. Par des arrêtés en date du 17 mars 2021, le préfet de la Charente leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de leur pays d'origine. Les recours contentieux exercés contre ces arrêtés ont été rejetés le 18 mai 2021 par le tribunal administratif de Poitiers, puis le 17 décembre 2021 par la Cour administrative d'appel de Bordeaux. Le directeur de l'OFII leur a remis en mains propres le 17 juin 2021 une décision de sortie de l'hébergement d'urgence à compter du 30 juin 2021. Par un courrier du 8 août 2024, notifié le 12 août 2024, le préfet de la Charente a mis en demeure M. F et Mme D de quitter les lieux dans un délai de trente jours. Les intéressés, occupant sans droit ni titre, sont néanmoins restés dans les lieux avec leur enfant.
6. Le préfet de la Charente expose que le département dispose de 675 places d'hébergement pour demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil. Le taux d'occupation est de 100% avec de rotation de 5% en moyenne. Le taux de présence indue est de 13,5 % pour l'ensemble des structures du département. La demande d'expulsion présentée par le préfet de la Charente revêt ainsi à la fois un caractère d'urgence et d'utilité.
7. M. F et Mme D n'ont pas produit de mémoire et défense et la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à M. F, à Mme D et à leur fils, de quitter effectivement sans délai le logement qu'il occupe dans l'immeuble situé 14 Allée du Champ Brun à Angoulême, faute de quoi le préfet de la Charente pourra faire procéder à leur expulsion en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. F, à Mme D et à leur fils de libérer le local qu'ils occupent au sein du HUDA situé 14 Allée du Champ Brun à Angoulême, dans les conditions précisées au point 7 de la présente ordonnance.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme B D et à M. A F.
Copie en sera transmise au préfet de la Charente.
Fait à Poitiers, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
P. E
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
N°s 2402750, 2402751
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