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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402769

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402769

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402769
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté comme manifestement irrecevable la requête de Mme D, qui demandait l'annulation d'une décision du 15 novembre 2017 lui refusant une attestation d'affiliation rétroactive pour son époux décédé. Le tribunal a constaté que, bien que le délai de recours de deux mois ne soit pas opposable faute de notification conforme, le recours introduit le 2 octobre 2024 excédait le délai raisonnable d'un an à compter de la connaissance de la décision, en application du principe de sécurité juridique. La requête a donc été rejetée sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, Mme A D demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2017 par laquelle le directeur de l'établissement de diffusion, d'impression et d'archives de Saint-Etienne lui a refusé la délivrance d'une attestation d'affiliation rétroactive ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui délivrer une attestation d'affiliation rétroactive concernant son époux décédé M. B C.

Par une décision du 22 octobre 2024, le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à Mme D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens. / () ".

2. En vertu des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-7 du code de justice administrative, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée, augmenté de deux mois pour les personnes qui demeurent à l'étranger. Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. La règle énoncée ci-dessus, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient dès lors au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.

5. Si le délai de quatre mois fixé par l'article R. 421-7 du code de justice administrative n'est en l'espèce pas opposable à la requérante en l'absence de notification conforme aux prescriptions de l'article R. 421-5, sa requête dirigée contre la décision du 15 novembre 2017 par laquelle le directeur de l'établissement de diffusion, d'impression et d'archives de Saint-Etienne lui a refusé la délivrance d'une attestation d'affiliation rétroactive, n'a été présentée que le 2 octobre 2024. Le recours juridictionnel n'a donc pas été exercé dans un délai raisonnable. La requête ne pouvant être régularisée car tardive, elle ne peut être que rejetée comme entachée d'une irrecevabilité manifeste.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D.

Fait à Poitiers, le 3 décembre 2024.

La présidente,

Signé

I. LE BRIS

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Signé

S. GAGNAIRE

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