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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402787

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402787

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL LELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, Mme D A C, représentée par Me Lelong, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire avec un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, procéder au réexamen de la demande et lui délivrer, pendant ce temps, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil renonçant alors à percevoir le bénéfice des indemnités dues au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; en l'espèce, la décision implique l'impossibilité pour elle de travailler, la SATE 86 étant en attente de régularisation pour pouvoir lui confier d'autres mission ; elle est ainsi privée de la possibilité de poursuivre son intégration professionnelle ; ce refus de titre de séjour la prive d'une aide financière dont le versement est conditionné à la régularité de son séjour, la laissant avec, comme seuls revenus, l'aide de 1 000 euros envoyée par son mari et père de ses enfants pour subvenir aux besoins d'une famille de cinq dont quatre enfants ; la décision prive également son fils B de la possibilité d'avoir un suivi médical et psychologique complet en raison de son état de santé ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

- la décision contestée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que l'arrêté ne prend pas en compte le courrier adressé à la préfecture de la Vienne le 18 décembre 2023, réceptionné le 26 décembre 2023, par lequel elle demande, à titre subsidiaire, d'examiner sa situation sous l'angle des liens privés et familiaux ;

- le préfet de la Vienne a pris sa décision en visant un rapport médical de l'OFII sans qu'elle n'ait été destinataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le médecin en charge du rapport médical de l'OFII n'est ni le médecin habituel de son fils, ni un praticien hospitalier inscrit au tableau de l'ordre tel que le prévoit l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de la Vienne a commis une erreur de droit en ce qu'il ne s'est pas prononcé sur le fondement des dispositions de l'article L. 433-4 du code précité ;

- elle est entachée d'une double erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, s'estimant lié par l'avis de l'OFII, le préfet de la Vienne n'a pas pris en compte l'impossibilité pour B d'obtenir des soins orthopédiques et psychologiques dans son pays d'origine et que, d'autre part, elle remplit les conditions de l'article L. 433-4 précité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

- l'annulation de la décision de refus de titre de séjour emporte l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'incompétence de son auteur, de défaut de motivation et de défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision fixant le délai imparti pour quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français la rendent illégale ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

- l'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français emporte annulation de la décision fixant le pays de renvoi ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024 à 9h37, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A C n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 octobre 2024 sous le n° 2402788 par laquelle Mme A C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Cristille en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gilbert greffière d'audience :

- le rapport de M. Cristille, juge des référés ;

- les observations de Me Lelong en présence de Mme A C qui reprend ses écritures en précisant que le refus de renouveler son titre de séjour l'empêche de pouvoir continuer son activité professionnelle son employeur lui ayant fait savoir qu'il ne renouvellerait pas son contrat de travail ; elle doit assumer une dette importante qu'elle a contractée auprès de l'hôpital et assumer la prise en charge financière de ses 4 enfants avec les seuls 1 000 euros que lui envoie son époux ; la décision contestée lui a été notifiée le 4 octobre et elle a saisi le juge des référés le 11 octobre, aucun retard ne peut lui être reproché ; son fils B a besoin d'un suivi orthopédique et psychologique ; sur le doute sérieux, elle a saisi le préfet de la Vienne d'une demande de titre de séjour sur plusieurs fondements notamment par l'entremise d'une demande complémentaire mais le préfet de la Vienne ne s'est prononcé que sur un fondement ce qui dénote un défaut d'examen sérieux ; elle a manifesté la volonté de s'insérer et ses liens en France n'ont pas été évalués par le préfet de la Vienne ; l'avis de l'OFII que le préfet a communiqué est succinct ; il n'est pas possible de disposer des éléments sur lesquels l'OFII s'est appuyé pour parvenir à cet avis qui retient que la requérante peut trouver effectivement un traitement approprié à son enfant à Djibouti ; le système de soins djiboutien n'a pas été en mesure de détecter la maladie dont souffrait l'enfant et il n'est pas certain qu'il soit en mesure d'assurer un suivi médical pour l'enfant ; ce dernier est stabilisé certes mais il n'est pas guéri ni exempt d'une éventuelle rechute ; l'enfant rencontre aussi des difficultés psychologiques ; si Mme A C n'a pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vienne dans le cadre de son pouvoir de régularisation pouvait examiner la demande sur ce fondement aussi.

Le préfet de la Vienne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été différée le 23 octobre 2024 à 14h 30.

Des pièces ont été produites par Mme A C à 11h26 et ont été communiquées au préfet de la Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, née en décembre 1977, de nationalité djiboutienne, est entrée sur le territoire français le 10 décembre 2021, accompagnée de son fils, B A C, né le 3 décembre 2007 au Caire (Egypte). La préfecture de la Vienne lui a délivré un titre de séjour mention " accompagnant d'enfant malade " le 4 décembre 2022 et a renouvelé ce titre le 13 janvier 2023. Le 17 juillet 2023, Mme A C a déposé une demande de renouvellement de son titre " accompagnant d'enfant malade " auprès de la préfecture de la Vienne. Par un courrier du 18 décembre 2023, réceptionné le 26 décembre 2023, elle a également demandé, à titre subsidiaire, la délivrance d'un titre mention " vie privée et familiale ". Le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu un avis le 24 novembre 2023. Par un arrêté du 29 juillet 2024, le préfet de la Vienne lui a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A C demande au juge des référés la suspension de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " et aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

3. L'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des possibilités d'assignation à résidence et de placement en rétention prévues au présent livre ".

4. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit.

5. Le dépôt de la requête de Mme A C enregistrée sous le n° 2402788, le 14 octobre 2024, tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Vienne des 29 juillet 2024, a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celles de la décision fixant le pays de destination. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de ces décisions ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

8. D'une part, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, Mme A C a bénéficié de titres de séjour valables du 4 décembre 2022 au 12 juillet 2023. La décision contestée du 29 juillet 2024 statue sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour en lui opposant un refus. Ce refus a pour effet de faire basculer la requérante vers un séjour irrégulier alors qu'elle résidait régulièrement sur le territoire national avec ses enfants. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A C exerce une activité en tant qu'animatrice périscolaire et agent d'entretien pour la SATE 86 depuis le mois de mai 2023, soit dès le moment où l'état de santé de son fils B le lui a permis, et a suivi la formation " prévention et secours civiques de niveau 1 (PSC1) " auprès de la Croix Rouge. Ainsi, la requérante justifie être engagée dans un parcours d'insertion sociale et professionnelle, que le refus de titre de séjour est susceptible d'interrompre. La décision a pour effet de faire obstacle à ce que la requérante puisse travailler alors même qu'elle a quatre enfants à charge dont un nécessite des soins particuliers en lien avec son état de santé. La requérante peut ainsi se prévaloir de la présomption d'urgence qui s'attache aux refus de renouvellement de titre de séjour, que le préfet de la Vienne ne contredit pas utilement dans son mémoire en défense. Il suit de là, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

9. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par Mme A C, visés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée. Dans ces conditions, l'une des deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme A C ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A C, au ministre de l'intérieur et à Me Lelong.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet de la Vienne.

Fait à Poitiers, le 25 octobre 2024

Le juge des référés,

Signé

P. CRISTILLE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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