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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402879

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402879

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402879
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Poitiers, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision 48 SI du 12 septembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé le permis de conduire de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour le requérant d'avoir suffisamment justifié de l'atteinte grave et immédiate à sa situation professionnelle ou médicale, et a relevé que l'urgence doit s'apprécier au regard des exigences de sécurité routière.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2024, M. A B représenté par Me Lusteau, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision 48 SI du 12 septembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son titre de conduite ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'il a un besoin impératif de son permis de conduire pour travailler ; il effectue des missions d'intérim et la commune où il réside n'est pas desservie par les transports en commun ; il ne peut pas utiliser un autre mode de transport que sa voiture notamment un scooter en raison de problèmes médicaux ; il n'a pas pu assurer une mission d'intérim du 2 au 4 octobre faute de disposer de son permis de conduire ; son état de santé lui impose de suivre régulièrement des séances de kinésithérapie et de se rendre à des consultations d'urologie alors qu'il est âgé de 19 ans ; la perte de son permis de conduire porte une atteinte grave et immédiate à la poursuite de son activité professionnelle et aux soins dont il a besoin ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il a réalisé un stage de récupération de points les 16 et 17 septembre 2023, soit avant la réception de la décision 48 SI, et qu'il doit être crédité des 4 points y afférent sur son titre de conduite et que son titre de conduite devrait être affecté d'un capital de 1 point.

Vu :

- la requête enregistrée le 23 octobre 2024 sous le n° 2402880 tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 12 septembre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Cristille, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision 48 SI du 12 septembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité de son permis de conduire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision en litige, M. B fait valoir d'une part que cette décision fait obstacle à ce qu'il puisse poursuivre son activité professionnelle alors qu'il réside dans une commune dépourvue de transport en commun et qu'il est appelé à se déplacer pour réaliser des missions d'intérim et ne peut emprunter pour des motifs médicaux de véhicule à deux roues, d'autre part que son permis de conduire lui est indispensable dès lors qu'il a besoin de sa voiture pour se rendre aux séances de kinésithérapie et son suivi médical en urologie.

5. Toutefois, le requérant n'apporte aucune précision sur sa situation professionnelle en se bornant à produire un contrat de mission de deux jours en tant qu'agent logistique du 2 au 4 octobre 2024 ni sur le montant des charges auxquelles il fait face en l'absence de toutes pièces de nature à les justifier. Il n'établit pas davantage la récurrence des rendez-vous médicaux qu'il allègue en produisant un compte rendu d'un examen radiologique ni ne démontre que d'autres moyens de transports ne pourraient temporairement lui permettre d'assurer ses déplacements médicaux. En outre, la condition d'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement, notamment au regard des exigences de protection et de sécurité routière. Il ressort des mentions figurant sur la décision contestée et sur le relevé intégral d'information que M. B s'est vu reprocher la commission d'une infraction au code de la route le 3 mars 2024 ayant entraîné le retrait de 6 points pour conduite sous l'emprise d'un état alcoolique )0,40 mg/litre (air). Dans ces conditions, si l'exécution de la décision litigieuse est susceptible d'entraîner une gêne dans les déplacements de M. B, la décision contestée répond, eu égard à la gravité de l'infraction au code de la route, constatée, aux exigences de protection et de sécurité routière. Dès lors, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut en l'espèce être regardée comme remplie.

6. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin de suspension et d'injonction de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative par application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B

Fait à Poitiers, le 29 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. CRISTILLE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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