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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2403136

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2403136

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2403136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCALIOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. A..., ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 11 octobre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et de défaut de motivation de l'arrêté. Il a jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation au regard de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, le requérant ne remplissant pas les conditions pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié. Enfin, la décision n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Caliot, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 11 octobre 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné à l’expiration de ce délai et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention « salarié » dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice d’incompétence ;
- il n’est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Le préfet de la Vienne a communiqué des pièces enregistrées le 19 septembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Jarrige a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant tunisien né le 13 décembre 1998, est entré sur le territoire français le 20 mars 2022, selon ses déclarations. Le 13 décembre 2023, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 11 octobre 2024, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être éloigné à l’expiration de ce délai et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le même jour, M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation du préfet de la Vienne à l’effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département de la Vienne, à l’exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l’arrêté contesté vise les textes sur lesquels s’est fondé le préfet de la Vienne et notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et notamment les articles L. 412-1, L. 421-1, L. 611-1, L. 612-1, L. 612-8 et L. 721-3, de même que les articles 3 et 9 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Il mentionne l’ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A..., en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande de titre de séjour doit être rejetée, notamment en raison du fait qu’il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en tant que salarié. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n’implique pas, dès lors que, comme il vient d’être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l’assortir d’une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. S’agissant de la fixation du pays de renvoi, l’arrêté attaqué mentionne la nationalité du requérant et la circonstance qu’il n’établit pas courir des risques en cas de retour dans son pays d’origine. Enfin, après avoir constaté qu'aucune circonstance exceptionnelle ou humanitaire ne justifie qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée, il fait état de la durée de présence du requérant sur le territoire français comme de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l’arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l’article 3 de l’article franco-tunisien du 17 mars 1988 : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention « salarié » (...) ». Aux termes de l’article 11 de l’accord franco-tunisien précité : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation de deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». Aux termes du point 2.3.3 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations du 28 avril 2008 : « Le titre de séjour portant la mention « salarié », prévu par le premier alinéa de l’article 3 de l’accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l’exercice, sur l’ensemble du territoire français, de l’un des métiers énumérés sur la liste figurant à l’Annexe I du présent protocole, sur présentation d’un contrat de travail visé par l’autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l’emploi (….) ». Aux termes de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ».

5. Si M. A... se prévaut d’un contrat à durée indéterminée le recrutant en qualité de plaquiste au sein de la société BME 86 SAS depuis le 1er septembre 2023, ce métier ne figure ni dans la liste des métiers en tension au sein de la région Nouvelle-Aquitaine annexée à l’arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l’emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d’un État membre de l’Union européenne, d’un autre État partie à l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ni dans la liste des métiers ouverts aux ressortissants tunisiens annexé au protocole du 28 avril 2008 relatif à la gestion concertée des migrations. Par ailleurs, il ne justifie pas être titulaire du visa de long séjour exigé par les stipulations et dispositions précitées. Par suite, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation et méconnaitre ces stipulations et dispositions que le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour en qualité de salarié.

6. En dernier lieu, si M. A... soutient résider habituellement en France depuis mars 2022, il ne peut se prévaloir que de deux ans et sept mois de présence sur le territoire à la date de l’arrêté attaqué après y être entré irrégulièrement. S’il n’est pas contesté qu’il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 1er septembre 2023, il ne peut se prévaloir ainsi que d’une année d’activité professionnelle sur le sol français à la date de la décision attaquée et ne justifie pas non plus d’une insertion sociale particulière. Enfin, M. A..., qui, célibataire sans enfant, n’a fait état de la présence sur le territoire français que d’un oncle, titulaire d’une carte de résident, ne conteste pas avoir conservé des attaches familiales dans son pays d’origine dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de 24 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris l’arrêté attaqué.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


DECIDE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 25 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,
M. Cristille, vice-président,
M. Dufour, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 octobre 2025.


Le président rapporteur,
Signé
A. JARRIGE
L’assesseur le plus ancien,
Signé
P. CRISTILLE



La greffière,


Signé


N. COLLET



La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,

Signé

N. COLLET


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