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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2403287

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2403287

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2403287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantSELARL LELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024, des pièces complémentaires enregistrées le 9 décembre 2024 et un mémoire enregistré le 12 décembre 2024, Mme D B, représentée par Me Lelong, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer titre de séjour dans le délai de dix jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de procédure au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour examinée spontanément méconnait les dispositions des article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions des 2° et 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision de refus de délai de dé part volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle justifie de circonstances humanitaires empêchant son retour dans son pays d'origine et elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'irrecevabilité des mémoires en défense :

- les mémoires en défense ont été signés par une autorité incompétente.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 décembre 2024 et le 11 décembre 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 décembre 2024.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Boutet première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet ;

- et les observations de Me Lelong, représentant Mme B qui a repris ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante surinamienne née le 6 avril 1989, est entrée en France en 2014 selon ses déclarations. Par un arrêté du 26 novembre 2024, la préfète des Deux-Sèvres l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du 26 novembre 2024, la préfète des Deux-Sèvres l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'irrecevabilité des mémoires en défense :

2. Par un arrêté du 7 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, à l'effet de signer les requêtes juridictionnelles. Dans ces conditions, l'exception d'irrecevabilité des mémoires en défense ne peut être accueillie.

Sur les arrêtés dans leur ensemble :

3. Par un arrêté du 7 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. C A, directeur de cabinet, a reçu délégation de la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer tous les actes pour lesquels délégation de signature a été consentie au secrétaire général de la préfecture, M. Patrick Vautier en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier. Par un arrêté du 7 novembre 2027, régulièrement publié, la préfète des Deux-Sèvres a donné délégation à M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres, notamment celles prises sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante n'établit pas que celui-ci n'aurait été ni absent, ni empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige doit être écarté. Par ailleurs, la circonstance que ces arrêtés mentionnent qu'ils ont été signés par M. C A pour la préfète des Deux-Sèvres, et non pas pour le secrétaire général de la préfecture, n'a pas eu pour conséquence d'entacher les décisions attaquées d'un vice de forme.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles a été prise la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elle mentionne les conditions d'entrée en France de Mme B en 2014, sa situation irrégulière sur le territoire français, la garde à vue dont elle a fait l'objet le 25 novembre 2024 pour vol en réunion et la circonstance qu'elle a déjà fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 14 février 2020. Elle examine également la vie privée et familiale de la requérante en indiquant qu'elle ne justifie pas avoir tissé de liens personnels en France en dehors de son fils et du père de celui-ci. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Elle n'est pas non plus entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme B qui est suffisamment décrite, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait signalé à l'administration la situation de violences conjugales qu'elle invoque.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme B fait valoir qu'elle est entrée en France en 2014 pour rejoindre son compagnon avec lequel elle a eu un enfant né le 26 mars 2017 avant que le couple se sépare. Elle indique qu'elle a ensuite noué une relation avec un ressortissant français avec lequel elle s'est pacsée le 29 juin 2022 mais dont elle s'est séparée à l'été 2024 en raison de violences conjugales, conduisant à sa prise en charge par l'association Escale qui l'héberge avec son fils. Il ressort des pièces du dossier que le père de l'enfant de Mme B est de nationalité surinamienne. Si la requérante fait valoir qu'il disposait d'un titre de séjour qui est en cours de renouvellement, elle n'apporte pas d'élément suffisant permettant d'établir que, depuis sa sortie de prison, ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de l'apprentissage du français et d'un engagement associatif, elle ne justifie pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables. Enfin, Mme B ne conteste pas qu'elle dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses deux premiers enfants nés en 2006 et en 2008, et où la cellule familiale qu'elle constitue avec son dernier enfant né en 2017, pourra se reconstituer. Dans ces conditions, la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. La préfète des Deux-Sèvres n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant cette décision.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement de ses dispositions. Elle n'a pas non plus entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du même code.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

10. Pour les motifs exposés aux points 6 et 8, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-1 en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire en litige, ni entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne ses conséquences sur la situation de Mme B.

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetés, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de celle par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions des articles L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels est fondée la décision de refus de délai de départ volontaire. Il indique que l'intéressée, qui a fait l'objet d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français sans apporter la preuve d'y avoir déféré, risque de se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire. La décision de refus de délai de départ volontaire est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

14. Mme B ne conteste pas sérieusement qu'elle s'est soustraite à la précédente mesure d'éloignement prise le 14 février 2020. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 13 en considérant qu'il existait un risque qu'elle se soustraie à la présente décision portant obligation de quitter le territoire français. Ce seul motif suffit pour fonder la décision de refus de délai de départ volontaire en litige.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. Dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetés, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de celle par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetés, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de celle par laquelle la préfète des Deux-Sèvres l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

18. Comme cela a été exposé au point 6, Mme B ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France et la cellule familiale qu'elle constitue avec son fils né en 2017 peut se reconstituer dans son pays d'origine, alors que le père de cet enfant est également de nationalité surinamienne et qu'au demeurant, il n'est pas établi, en l'état de l'instruction, qu'il contribue à son entretien et à son éducation. Elle ne justifie pas non plus de circonstances humanitaires faisant à obstacle à une interdiction de retour. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en interdisant Mme B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la décision portant assignation à résidence :

19. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 731-1 sur le fondement desquelles a été prise la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Elle mentionne que Mme B fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise le même jour, qu'elle ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Elle n'est pas non plus entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme B qui est suffisamment décrite.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

21. La requérante n'apporte aucun élément pour contester que son éloignement demeure une perspective raisonnable. La préfète des Deux-Sèvres n'a par suite pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant cette décision.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation des arrêtés de la préfète des Deux-Sèvres du 26 novembre 2024 doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. BOUTET

La greffière d'audience,

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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