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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2403292

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2403292

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2403292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOREL / DEL PRETE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, le centre communal d'action sociale de Poitiers (CCAS) représentée par Me Leeman de la société Ten France SELARL d'avocats demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à la préfecture de Seine et Marne d'édicter la décision mettant fin au détachement de Mme A à compter du 15 juillet 2024 ;

2°) de lui enjoindre de réintégrer l'intéressée dans ses effectifs à compter du 15 juillet 2024 sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la préfecture de Seine et Marne la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre communal d'action sociale soutient que :

- le tribunal administratif de Poitiers est compétent sur le fondement de l'article R. 312-12 du code de justice administrative, s'agissant d'un litige relatif à un agent public et compte tenu du lieu de la dernière affectation de Mme A à Poitiers ;

- les conditions propres à la procédure de référé mesures utiles sont réunies ;

- la condition d'urgence est satisfaite en ce qu'il a été mis fin au détachement de Mme A sans délai en raison de plusieurs fautes retenues à son encontre dans l'exercice de ses fonctions ; la préfecture de Seine-et-Marne a été informée de la fin immédiate du détachement de Mme A le 15 juillet 2024, tout comme l'agent; l'administration d'origine était tenue de prononcer également la fin du détachement le 15 juillet 2024 mais la préfecture de Seine et Marne n'a pas mis fin au détachement ni prononcé la réintégration de Mme A au sein de ses effectifs, laissant l'intéressée sans affectation et dans une situation statutaire indéterminée ; compte tenu de la situation, et pour ne pas laisser Mme A sans ressources, il a été proposé à l'intéressée de prendre ses congés restants et ses RTT puis de la maintenir ensuite en autorisation spéciale d'absence ; dans un courriel du 3 octobre 2024, la préfecture annonçait une réintégration de Mme A au 15 octobre mais n'a pas respecté cet engagement ; la mise en demeure qui a été adressée aux services de la préfecture le 7 octobre 2024 est restée sans réponse ; ainsi, malgré de nombreuses relances, la préfecture de Seine et Marne n'est pas intervenue créant ainsi une situation juridique fragile pour l'agent et pour l'établissement public ; devant cette situation de blocage, le prononcé d'une injonction est urgent ;

- la mesure est utile en ce que seule l'administration d'origine est compétente pour prendre une décision de fin anticipée du détachement ; la préfecture de Seine et Marne est en situation de compétence liée ainsi que la jurisprudence du Conseil d'Etat l'a jugé; la saisine du juge des référés revêt ainsi un caractère de nécessité ;

- la demande ne fait obstacle à aucune décision puisqu'aucune décision n'a été prise par la préfecture à la suite de son message où elle manifestait son intention de réintégrer Mme A.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2024, le préfet de Seine et Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la demande est irrecevable ; en effet, une réintégration après un détachement relève de la compétence du ministre de l'intérieur en vertu du décret n°85-986 du 16 septembre 1985 et non du préfet de la Seine-et-Marne ; la mesure demandée ne fait pas partie non plus de celles pour lesquelles le préfet bénéficie d'une délégation de pouvoir sur le fondement de l'article 3 du décret n°2006-1780 du 23 décembre 2006 ; la mesure demandée est ainsi dépourvue d'utilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, attaché titulaire de l'Etat en poste à la préfecture de Seine et Marne, a été recrutée par voie de détachement le 4 novembre 2021 au centre communal d'action sociale (CCAS) de Poitiers pour occuper les fonctions de cheffe du service " domicile " au sein de la direction grand âge autonomie. Son détachement d'une durée initiale d'un an a été renouvelé le 4 novembre 2022 pour une nouvelle durée d'un an puis le 4 novembre 2023 pour une durée de deux ans. Mme A a été suspendue de ses fonctions par un arrêté du 13 mars 2024 puis par décision du 17 avril 2024, le CCAS de Poitiers a décidé de mettre fin de manière anticipée à son détachement. A la suite du recours gracieux exercé par Mme A le 6 juin 2024, le CCAS a accepté de retirer sa décision du 17 avril 2024 mais a néanmoins repris une nouvelle décision d'interruption de détachement en date du 10 juillet 2024. La préfecture de Seine et Marne a été informée de cette mesure par lettre du 10 juillet 2024 reçue le 15. Cependant, la fin du détachement et la réintégration de Mme A n'ont pas été prononcées par l'administration d'origine en dépit des relances effectuées par le CCAS de Poitiers. Dans la présente instance, le CCAS de Poitiers demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'ordonner sous astreinte au préfet de Seine et Marne de réintégrer Mme A dans les meilleurs délais.

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". En vertu de l'article L. 521-1 du même code, ce juge peut ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision. L'article L. 521-2 prévoit que ce juge peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Aux termes de son article L. 521-3 : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte des dispositions ci-dessus rappelées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative que les mesures prononcées par le juge des référés sur le fondement de cet article ne doivent pas faire obstacle à l'exécution de décisions administratives.

4. Aux termes de l'article 14 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : () 2° Détachement auprès d'une collectivité territoriale () ". Aux termes de l'article 24 du même décret : " Il peut être mis fin au détachement avant le terme fixé par l'arrêté le prononçant soit à la demande de l'administration ou de l'organisme d'accueil, soit de l'administration d'origine. / Lorsqu'il est mis fin au détachement à la demande de l'administration ou de l'organisme d'accueil, le fonctionnaire continue, si son administration d'origine ne peut le réintégrer immédiatement, à être rémunéré par l'administration ou l'organisme d'accueil jusqu'à ce qu'il soit réintégré, à la première vacance, dans son administration d'origine. / () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration d'origine, en tant qu'autorité investie du pouvoir de nomination, est seule compétente pour mettre fin au détachement avant le terme fixé. Saisie d'une demande en ce sens de l'administration d'accueil, elle est tenue d'y faire droit. Si elle ne peut le réintégrer immédiatement, le fonctionnaire continue à être rémunéré par l'administration ou l'organisme d'accueil jusqu'à ce qu'il soit réintégré, à la première vacance, si la demande de fin de détachement émanait de cet administration ou organisme d'accueil.

6. En l'espèce, l'instruction fait ressortir que la présidente du CCAS de Poitiers a saisi par lettre du 10 juillet 2024, reçu le 15 juillet le préfet de Seine et Marne, sous les ordres duquel était affectée Mme A avant d'être détachée, de sa décision de mettre fin sans délai ni préavis au détachement de l'agent pour faute grave commise dans l'exercice des fonctions. Le silence du ministre de l'intérieur, en tant qu'autorité investie du pouvoir de nomination, compétent pour mettre fin au détachement de l'intéressée avant le terme fixé a fait naître une décision implicite de refus le 15 septembre 2024. Le CCAS ne justifie pas de l'existence d'un péril grave qu'il serait nécessaire de prévenir. Il s'ensuit que l'existence de cette décision implicite fait obstacle à ce que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ordonne au ministre de mettre fin au détachement de Mme A à compter du 15 juillet 2024 et de réintégrer l'intéressée à compter de cette date. Par suite, les conclusions sus analysées du CCAS de Poitiers sont irrecevables.

7. Il y a lieu de soulever d'office ce moyen qui est d'ordre public, et de rejeter pour ce motif la demande. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, les conclusions du CCAS de Poitiers aux fins d'injonction et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du CCAS de Poitiers est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au CCAS de Poitiers et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Poitiers, le 7 janvier 2025.

Le juge des référés,

Signé

P. B

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

D. GERVIER

No 240329

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