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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2403314

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2403314

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2403314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantROBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, M. A B représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2024 notifié le 3 décembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre aux autorités françaises de traiter de sa demande d'asile, dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des articles 17-1 et 17-2 du règlement UE 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Cristille pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 janvier 2025 en présence de Mme Berland, greffière d'audience :

- le rapport de M. Cristille, magistrat désigné,

- et les observations de Me Robin, représentant M. B qui s'en rapporte à ses écritures en déposant le récit de vie rédigé par le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 15 février 2004, déclare être entré en France le 25 septembre 2024. Il a présenté une demande d'asile auprès des services du préfet de police de Paris le 2 octobre 2024. La consultation du fichier Eurodac a, cependant, permis de constater que l'intéressé avait introduit une demande d'asile en Croatie le 14 septembre 2024. Les autorités croates ont été sollicitées le 12 novembre 2024 d'une demande de reprise en charge sur le fondement du b) de l'article 18.1 du règlement UE n°604/2013. A la suite de l'accord explicite donné par les autorités croates le 26 novembre 2024, le préfet de la Gironde a décidé, par l'arrêté attaqué en date du 29 novembre 2024, de transférer M. B aux autorités croates pour l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée la décision de transfert qui mentionne le règlement susvisé n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève d'un autre Etat membre sans qu'il soit besoin nécessairement qu'apparaisse le numéro d'article ou le paragraphe en vertu duquel l'Etat vers lequel le demandeur d'asile est transféré a été sélectionné, ni les raisons pour lesquelles un autre Etat membre aurait été écarté, ni les circonstances de fait correspondant, le cas échéant, aux critères qui n'ont pas été retenus.

3. L'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juillet 2013 et mentionne que les recherches entreprises sur le fichier Eurodac ont révélé que les empreintes de M. B avaient été relevées en Croatie le 14 septembre 2024, que la préfecture a saisi les autorités croates d'une requête en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le 12 novembre 2024, que ces autorités ont accepté la reprise en charge de l'intéressé par un accord explicite le 26 novembre 2024. Ces motifs permettent de comprendre que le préfet de la Gironde a entendu faire application du critère prévu à l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 pour déterminer quel Etat était responsable de l'examen de la demande d'asile de M. B et qu'il a, en conséquence, saisi les autorités croates d'une demande de reprise en charge de l'intéressé en application de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013. En outre, l'arrêté comporte des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. L'arrêté attaqué doit ainsi être regardé comme énonçant avec suffisamment de précision les motifs de droit et de fait qui le fondent. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 précité énoncent que : " () 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". L'article 17 du même règlement prévoit que : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. La Croatie est un Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit ainsi être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant.

6. M. B soutient qu'au cours de son périple, au moment de son passage en Croatie, il a été arrêté par les services de police de cet Etat qui l'ont contraint à enregistrer une demande d'asile. Toutefois, aucune pièce ne corrobore les allégations de l'intéressé qui n'apporte aucun élément propre à sa situation personnelle permettant d'apprécier la réalité de la méconnaissance de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 invoquée. Enfin, s'il expose ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il n'est pas justifié que le transfert de M. B vers la Croatie impliquerait nécessairement son renvoi en Afghanistan sans qu'il puisse contester la mesure. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existait, à la date de l'arrêté en litige des motifs sérieux et avérés de croire que la demande d'asile de M. B ne serait pas traitée par les autorités croates dans le respect de l'ensemble des garanties attachées au droit d'asile. Par ailleurs, l'intéressé n'apporte pas d'éléments relatifs à sa vie privée et familiale en France, où il est entré il y a moins de deux mois. Dès lors, en ne mettant pas en œuvre les clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013/UE du 26 juin 2013, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions, ni les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de la Gironde et à Me Robin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025

Le magistrat désigné,

Signé

P. CRISTILLE La greffière,

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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