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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2403651

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2403651

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2403651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOUSTENOBLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. A..., ressortissant géorgien, contestant l'arrêté préfectoral du 4 novembre 2024 refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment fondé en droit et en fait. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni n'était entachée d'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :



Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Coustenoble, demande au tribunal :


1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;


2°) d’annuler l’arrêté du 4 novembre 2024 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;


3°) d’enjoindre à la préfète de la Charente, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 100 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :


l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
il est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen de sa situation ;
il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par une décision du 19 février 2025, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.


Le rapport de M. Jarrige a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :


1. M. B... A..., ressortissant géorgien né le 14 mai 1989, déclare être entré sur le territoire français le 2 octobre 2023. Sa demande d’asile a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 29 janvier 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 9 juillet 2024. Par un arrêté du 4 novembre 2024, la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 19 février 2025, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. Il n’y a pas lieu, par suite, de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :


3. En premier lieu, par un arrêté du 9 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Charente le même jour, le préfet de la Charente a donné délégation à M. Jean-Charles Jobart, secrétaire général de la préfecture de la Charente, à l’effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département de la Charente, à l’exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les textes sur lesquels la préfète s’est fondée et, notamment, les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables en l’espèce ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne l’ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels il ne peut prétendre à la délivrance d’un titre de séjour. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui cite les dispositions applicables de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n’implique pas, dès lors que, comme il vient d’être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l’assortir d’une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. La décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle mentionne la nationalité du requérant et la circonstance qu’il n’établit pas courir des risques en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l’arrêté attaqué doit être écarté.

5. Il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la préfète de la Charente n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre à son encontre l’ensemble des décisions litigieuses.


6. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales stipule que : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».


7. Si M. A... se prévaut de son entrée sur le territoire le 2 octobre 2023, celle-ci a été irrégulière et demeure récente à la date de l’arrêté attaqué dès lors qu’il ne peut se prévaloir que d’un an et un mois de présence sur celui-ci. S’il fait état de la présence en France de sa tutrice et de son mari, il ressort des pièces du dossier que leurs demandes d’asile ont été rejetées comme la sienne et que sa tutrice a fait l’objet d’une mesure d’éloignement concomitante et célibataire sans charge de famille, il n’établit ni n’allègue être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 34 ans. S’il fait état qu’il bénéficie d’un suivi psychologique par le centre hospitalier d’Angoulême il ne verse aucun document médical à l’appui de ses dires et n’établit ni même n’allègue avoir sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé. Ainsi, en lui refusant la délivrance d’un titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire français et lui assignant comme pays de renvoi son pays d’origine, la préfète de la Charente n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, elle n’a pas entaché ses décisions d’une erreur manifeste dans l’appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 4 novembre 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E:

Article 1er : Il n’y a plus lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Charente.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 22 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,
M. Cristille vice-président,
Mme Le Bris, vice-présidente.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.


Le président rapporteur,
Signé
JARRIGE
L’assesseur le plus ancien,
Signé
P. CRISTILLE



La greffière,


Signé


D. MADRANGE



La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,



Signé

D. MADRANGE






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