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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2500047

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2500047

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2500047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantGOMEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 et le 22 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Gomez, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 4 janvier 2025 par lequel le préfet de Charente-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, l'a interdit du territoire pendant deux ans et l'a assigné à résidence durant 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de Charente Maritime de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour, celle relative à l'interdiction de retour, celle fixant le pays de destination et à l'assignation à résidence sont entachées d'illégalité ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale pour le motif " de légalité externe et interne exposé plus haut " ; le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il représentait une menace à l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale pour le motif " de légalité externe et interne exposé plus haut " ;

- la décision l'interdisant de retour en France n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale pour le motif " de légalité externe et interne exposé plus haut " ; elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où il fait obstacle à ce qu'il se rende le 14 avril 2025 à la convocation que lui adressée le 4 janvier 2024 le délégué du procureur de la République de La Rochelle en vue de se voir notifier une ordonnance pénale pour conduite d'un véhicule sans permis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Campoy, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures à juge unique prévues par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Campoy, assisté de Mme Berland, greffière d'audience ;

- les observations de Me Gomez, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête et qui confirme que la phrase " la décision de refus de séjour, celle relative à l'interdiction de retour, celle fixant le pays de destination et à l'assignation à résidence sont entachées d'illégalité " figurant à la page 2 de son mémoire introductif d'instance procède d'une simple erreur de plume de sa part.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 21 mai 1995, est, selon ses déclarations, entré en France au cours du mois de juin 2020. Il a fait l'objet, le 7 septembre 2020, d'une première mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. A la suite d'un contrôle de la circulation par les agents du commissariat de Rochefort le 4 janvier 2025, le préfet de la Charente-Maritime l'a obligé, le même jour, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, l'a interdit du territoire pendant deux ans et l'a assigné à résidence durant 45 jours sur le territoire de la commune de Rochefort. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () / . 3. Tout accusé a droit notamment à : () ; c) se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix et, s'il n'a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat d'office, lorsque les intérêts de la justice l'exigent ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'il est reproché à M. B d'avoir, le 4 janvier 2025, conduit un véhicule sans être titulaire d'un permis de conduire et qu'il a, pour ce motif, été convoqué le 4 janvier 2025 par le délégué du procureur de la République près le tribunal judiciaire de La Rochelle en vue de se voir notifier, le 14 avril 2025, une ordonnance pénale délictuelle. Si cette convocation précise que sa présence à cette audience est indispensable, rien ne fait obstacle à ce qu'il fasse valoir, en vertu de l'article 410 du code de procédure pénale, qu'il est dans l'impossibilité de comparaître pour une cause indépendante de sa volonté, et, qu'en vertu de l'article 411 du même code, il demande à être jugé en son absence en étant représenté au cours de l'audience par son avocat ou par un avocat commis d'office. Dès lors, et quand bien même l'intéressé souhaiterait comparaitre personnellement devant le juge pénal, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

5. La décision attaquée vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ainsi que les dispositions applicables en l'espèce du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables en matière d'éloignement. Elle rappelle les conditions irrégulières d'entrée et de séjour en France de M. B, ainsi que son refus d'exécuter une précédente décision d'éloignement. Elle constate l'absence de vie familiale de l'intéressé en France, son absence de revenu et de domicile ainsi que le fait qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et répond de ce fait aux exigences de motivation énoncées par les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet de la Charente-Maritime, qui n'a jamais évoqué un risque quelconque de menace à l'ordre public de la part de l'intéressé, n'a pas entendu procéder à l'éloignement de ce dernier sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que l'autorité administrative aurait commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il représentait une telle menace.

7. En dernier lieu, si l'intéressé soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale pour le motif " de légalité externe et interne exposé plus haut ", il ressort de ses écritures qu'il n'a soulevé aucun moyen distinct de ceux auxquels il a déjà été répondu aux points 3, 5 et 6 du présent jugement.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. Après avoir cité les dispositions citées au point précédent de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relevé dans l'arrêté contesté que l'intéressé est arrivé en France en 2020, qu'il s'y est maintenu en situation irrégulière, qu'il ne justifie pas de liens particuliers en France, qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, le préfet de la Charente-Maritime a estimé qu'une interdiction de retour de deux ans ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il a ainsi suffisamment motivé en fait la décision querellée au regard des exigences posées au point précédent.

10. En deuxième lieu, en se fondant sur ces éléments, qui ne font l'objet d'aucune véritable contestation de la part de M. B, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 8.

11. En dernier lieu, si l'intéressé soutient que la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est illégale pour le motif " de légalité externe et interne exposé plus haut ", il ressort de ses écritures qu'il n'a soulevé aucun autre moyen que ceux auxquels il est répondu aux points 3, 9 et 10 du présent jugement.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant, de nationalité tunisienne, ne justifie pas de motifs sérieux et avérés de croire que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays d'origine ou qu'il y serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Alors que M. B n'établit pas, ni même n'allègue avoir fait état auprès du préfet d'éventuels traitements inhumains ou dégradants dont il serait susceptible de faire l'objet en Tunisie, aucune motivation supplémentaire sur ce point n'était nécessaire. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

13. En second lieu, si l'intéressé soutient que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné est illégale pour le motif " de légalité externe et interne exposé plus haut ", il ressort de ses écritures qu'il n'a soulevé aucun autre moyen que celui auquel il est répondu au point précédent du présent jugement.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :

15. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

16. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que la requête de M. B est manifestement dénuée de fondement. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

17. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. B demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Charente-Maritime.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 22 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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