vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2500142 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Gede, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2025 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire :
- elle sont entachées d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen approfondi et sérieux de sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2025, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Balsan-Jossa, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Balsan-Jossa a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant comorien, né le 3 mai 1989, est entré sur le territoire français le 3 octobre 2014 selon ses déclarations. Par deux arrêtés du 16 octobre 2020, le préfet de Maine et Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Le 16 septembre 2024, après son mariage avec une ressortissante française le 17 juin 2024, il a déposé une demande de titre de séjour " conjoint de français " auprès du préfet du Gard. Le 13 janvier 2025, il a été placé en garde à vue pour des faits de non-présentation de titre de transport et non-respect d'une mesure d'éloignement. Par deux arrêtés du 14 janvier 2025, dont il demande l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire :
2. En premier lieu, l'arrêté du 14 janvier 2025 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les articles L. 611-1 et L. 612-2. Il mentionne en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national le 3 octobre 2014 ainsi que les éléments déterminants de sa situation et précise que le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. La décision en litige comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation résultant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant ainsi au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète des Deux-Sèvres n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
5. M. A soutient s'être maintenu sur le territoire français depuis son entrée il y a plus de dix ans et s'être marié avec une ressortissante française avec qui il réside depuis le mois de janvier 2024. Toutefois, le requérant, qui se borne à produire des factures EDF au nom de sa femme et de lui-même, ne justifie pas de la réalité et de la stabilité de la communauté de vie du couple à Nîmes. Il ressort notamment du certificat de mariage du 17 juin 2024 qu'il a déclaré résider à Thouars dans les Deux-Sèvres, lieu de son interpellation le 13 janvier 2025 pour des faits de voyage habituel dans un transport public sans titre de transport valable, et qu'il déclare y habiter, moyennant un loyer de 400 euros. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant, qui déclare être entré en France à l'âge de 25 ans, n'établit pas être dépourvu d'attaches avec son pays d'origine où il a vécu la majorité de son existence. Il ne justifie pas non plus avoir noué des liens intenses et stables avec la France, notamment avec les enfants de son épouse, et, s'il déclare que son père réside à Marseille, il ne connait pas l'adresse de ce dernier. En outre, il ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle, il est défavorablement connu des services de police, notamment pour des faits de présentation d'une fausse carte d'identité français à un employeur ainsi que pour des faits d'usurpation d'identité et a été condamné pour des faits de conduite sans permis. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de son séjour et au fait qu'il n'ait pas respecté les conditions de sa précédente assignation à résidence, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
6. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écartés par les mêmes motifs que ceux développés précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
8. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaitre les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressée, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle indique la date d'entrée de M. A en France, et donc nécessairement la durée de sa présence en France, que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas respecté et qu'il ne justifie pas avoir tissé des liens intenses et stables en France. Il s'ensuit que la motivation de la décision interdisant à M. A de revenir sur le territoire français atteste de la prise en considération par la préfète des Deux-Sèvres des critères énoncés par l'article L. 612-10 précité. Dans ces conditions, elle n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.
9. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français, doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écartés par les mêmes motifs que ceux développés précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence
10. En premier lieu, M. A, qui n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée serait entachée d'illégalité, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence d'une telle illégalité.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
12. L'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 731-1 sur le fondement desquelles a été prise la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Elle mentionne que M. A a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour de deux ans en date du 14 janvier 2025, qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français compte tenu de la nécessité de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation qui manquent en fait doivent être écartés.
13. En troisième lieu, M. A soutient que ses liens familiaux en France sont importants. Toutefois, M. A ne justifie d'aucune contraintes personnelles, familiales ou professionnelles qui l'empêcheraient de se présenter six jours par semaines entre 8h et 9h au commissariat de police de La Rochelle. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas entaché sa décision assignant à résidence M. A d'une erreur d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation des arrêtés de la préfète des Deux-Sèvres du 14 janvier 2025 doivent être rejetées ainsi, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Deux-Sèvres.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
La magistrate désignée,
Signé
S. BALSAN-JOSSA
La greffière d'audience,
Signé
C. BERLAND
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
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