vendredi 20 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2501617 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mai 2025, M. A B, représenté par Me David, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner son extraction afin qu'il puisse assister à l'audience de référé ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 16 mai 2025 par laquelle le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne a prononcé son maintien à l'isolement pour la période du 18 mai au 18 août 2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- eu égard à la nature de l'affaire, le respect du contradictoire nécessite qu'il soit présent à l'audience pour être entendu par le juge des référés ;
- eu égard à la nature de l'affaire, il serait irrégulier de faire usage de la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative ;
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe une présomption d'urgence à suspendre une décision ayant pour effet de prolonger le placement à l'isolement d'une personne détenue et que l'administration pénitentiaire ne fait état d'aucune circonstances particulières permettant de renverser cette présomption d'urgence ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée pour les motifs suivants :
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard de l'obligation spécifique prévue en matière de mise à l'isolement, notamment par les disposition de l'article R. 213-30 du code pénitentiaire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la mesure d'information prévue par l'article R. 213-35 du code pénitentiaire n'a pas été respectée ;
- elle méconnaît l'article R. 213-18 du code pénitentiaire dès lors qu'au vue de son comportement dans la période récente, il ne représente pas une menace pour l'ordre et la sécurité de l'établissement ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, et même d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a été prononcée sans que l'administration n'ait procédé à une véritable mise en balance entre les atteintes graves et durables que cette mesure lui impose et les impératifs allégués de sécurité et de bon ordre de l'établissement, dont la réalité n'est pas établie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la décision de placement à l'isolement de l'intéressé, qui est inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalé, est justifié par son implication dans la criminalité organisée ainsi que par les soutiens extérieurs dont il pourrait bénéficier ; en outre, cette décision n'emporte pas de conséquence sur ses conditions de détention autre que celles liées à l'application stricte de ce régime de détention ;
- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2501616 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Bris, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Le Bris a lu son rapport au cours de l'audience publique tenue le 17 juin 2025 à 14h30 en présence de Mme Gibault, greffière d'audience, et entendu les observations :
- de Me Hiesse, substituant Me David, pour M. B, qui reprend les moyens soulevés et ajoute que la condition d'urgence est remplie car, en l'absence de perspective quant à sa sortie d'isolement, la mesure a un effet d'autant plus négatif sur ses conditions d'existence ; s'agissant du doute sérieux, que l'administration ne produit aucune justification de l'information qu'elle aurait dû transmettre au juge d'application des peines postérieurement à la décision contestée ; que la motivation est insuffisante en ce qu'elle se borne à rappeler son profil et à émettre des spéculations sur ses intentions ; qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation car aucun incident ou propos qu'il aurait tenu ne permet de suspecter qu'il aurait le projet de s'évader ou d'organiser un trafic au sein de l'établissement pénitentiaire, et l'administration pourrait le placer en cellule individuelle pendant la période d'évaluation ;
- et de Mme C, représentant le garde des sceaux, ministre de la justice, qui indique que la mesure est justifiée par le profil du requérant, qui appartient à la criminalité organisée de niveau international et est susceptible d'avoir une influence sur les autres détenus du fait de sa stature, même si depuis son arrivée en février 2025 aucun incident ne lui a été reproché ; que le requérant est incarcéré dans le quartier " maison d'arrêt ", où il n'est pas possible de lui attribuer une cellule individuelle, qu'il a vocation à être affecté, à l'issue de la période d'évaluation, dans un établissement pour peine où il pourra bénéficier de condition d'incarcération adaptées.
Les parties ont été informées que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'extraction de M. B et invitées à faire valoir leurs observations.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré a été enregistrée pour M. B le 17 juin 2025 à 15h43.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui est incarcéré au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, demande la suspension de l'exécution de la décision du 16 mai 2025 par laquelle le chef ce cet établissement a prononcé son maintien à l'isolement pour la période du 18 mai au 18 août 2025.
Sur les conclusions tendant à ce que le juge des référés ordonne l'extraction de M. B :
2. Aux termes de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire : " Le préfet apprécie si l'extraction des personnes détenues appelées à comparaître devant des juridictions ou des organismes d'ordre administratif est indispensable. / Dans l'affirmative, il requiert l'extraction par les services de police ou de gendarmerie selon la distinction de l'article D. 215-26 ".
3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande de suspension d'une décision administrative prise à l'égard d'une personne détenue, d'ordonner son extraction de l'établissement pénitentiaire dans lequel elle est incarcérée pour qu'elle puisse assister personnellement à l'audience. Par suite les conclusions présentées par M. B tendant à ce que son extraction soit ordonnée par le tribunal ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
5. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. / () ".
6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 16 mai 2025. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
7. Les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin de suspension.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Poitiers, le 20 juin 2025.
La juge des référés,
Signé
I. LE BRIS
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
N. Collet
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