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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2501658

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2501658

lundi 7 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2501658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationétrangers JU
Avocat requérantPELEKA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Poitiers a examiné la requête de M. A, ressortissant géorgien, contestant un arrêté préfectoral du 22 mai 2025 lui interdisant le retour sur le territoire français pendant deux ans. Le tribunal a rejeté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, estimant que l'arrêté visait les textes applicables et précisait les éléments de fait, notamment l'obligation de quitter le territoire dont il avait fait l'objet et son interpellation pour vol. En revanche, le tribunal a jugé que le préfet n'avait pas suffisamment examiné l'impact de la décision sur l'état de santé de M. A, entachant ainsi l'arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. Par conséquent, le tribunal a annulé l'arrêté et enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A, en application des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2025, M. B A, représenté par Me Peleka, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2025 par lequel le préfet des Deux-Sèvres l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Deux-Sèvres de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2025, le préfet des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Dumont, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dumont a été entendu au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien, né le 21 janvier 1980, est entré sur le territoire français en 2020 selon ses déclarations et a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 novembre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 mai 2021. Par une décision du 24 janvier 2024, le préfet de Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 21 mai 2025, il a été interpellé dans le département des Deux-Sèvres pour des faits de vol. Par un arrêté du 22 mai 2025, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Deux-Sèvres l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

5. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

6. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

7. La décision litigieuse, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, édictée par le préfet de la Loire-Atlantique le 24 janvier 2024 et a été interpellé le 21 mai 2025 pour vol. Elle indique qu'il a déclaré, lors de son audition administrative du 22 mai 2025, être arrivé en France en 2020, ne pas avoir de travail ni de domicile et bénéficier des ressources financières de sa famille restée en Géorgie. Elle précise, en outre, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 31 mai 2021, que ses liens privés et familiaux sur le territoire français ne sont caractérisés ni par leur ancienneté ni par leur intensité dès lors qu'il a vécu 39 ans hors de France et que sa famille, et notamment sa fille, réside dans son pays d'origine. Enfin, elle indique qu'il a été interpellé à plusieurs reprises pour des faits de vol et de détention d'armes. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français fait état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a été prise, tant dans son principe que dans sa durée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En l'espèce, M. A invoque les conséquences que ferait peser sur sa santé la mise à exécution de l'interdiction de retour du territoire français. Toutefois, alors au demeurant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement de sa santé, M. A ne justifie pas, par le compte-rendu d'hospitalisation de février 2022 qu'il produit, que son état de santé nécessite qu'il bénéficie de soins sur le territoire français et qu'ne pourrait pas bénéficier de traitements adaptés en Géorgie. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet des Deux-Sèvres du 22 mai 2025 doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présenté sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2025.

La magistrate désignée, La greffière d'audience

SignéSigné

G. DUMONTL. GILBERT

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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