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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2502669

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2502669

lundi 15 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2502669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL RACHID RAHMANI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension présentée par Mme B, professeure des écoles, qui contestait le refus de l'affecter sur un poste adapté au CNED et son affectation en école maternelle. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, l'affectation à un poste à proximité de son domicile et le bénéfice d'un mi-temps thérapeutique ne démontrant pas de risques immédiats pour sa santé. Il a également considéré qu'aucun doute sérieux ne pesait sur la légalité des décisions, l'administration ayant légalement motivé son refus par la durée maximale de trois ans pour un poste adapté de courte durée, conformément à l'article R. 911-22 du code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 août, 1er 10 et 11 septembre 2025, le dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C B représentée par Me Rahmani, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 avril 2025, confirmée suite à un recours administratif le 18 juin 2025, par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de Charente lui a refusé le bénéfice d'un poste adapté au centre national d'enseignement à distance (CNED), ainsi que de la décision du 10 juin 2025 l'affectant sur un poste à l'école maternelle Félix Gaillard de Barbezieux ;

2°) d'enjoindre au directeur des services départementaux de l'éducation nationale de l'affecter provisoirement sur un poste adapté au CNED dans les fonctions de correctrice.

Mme B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car son affectation sur un poste en classe de maternelle, même à mi-temps, l'expose à des risques pour sa santé, alors qu'elle est atteinte d'une pathologie incurable et qu'elle est immunodéprimée ; elle a exercé pendant plusieurs années ses fonctions de correctrices au CNED sans difficultés ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée pour les motifs suivants :

* la décision lui refusant le bénéfice d'un poste adapté n'est pas suffisamment motivée en fait ;

* le motif invoqué en défense par l'administration pour rejeter sa demande n'est pas fondé car elle a sollicité une affectation sur un poste adapté de longue durée, pour une durée de quatre ans ;

* les décisions qu'elle conteste sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé et du fait que son affectation au CNED lui a permis d'assurer ses fonctions sans que cela l'empêche de recevoir les soins nécessaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2025, le recteur de l'académie de Poitiers conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la condition d'urgence : celle-ci n'est pas établie alors que la requérante a été affecté sur un poste situé à 10 km de chez elle et qu'elle a pu bénéficier d'un mi-temps thérapeutique en considération de son état de santé ;

- en ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité des décisions contestées :

* la décision de refus d'affectation sur un poste adapté est suffisamment motivée par la mention " la priorité aux soins est recommandée " ;

* cette décision est conforme à l'article R. 911-22 du code de l'éducation, qui prévoit que l'affectation sur un poste adapté de courte durée peut être prononcée dans la limite maximale de 3 ans, dès lors que la requérante a déjà bénéficié de cet aménagement pendant 4 années ;

* elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les professeurs des écoles ont vocation à exercer devant les enfants ;

* l'affectation sur un poste en école correspond au projet professionnel de Mme B, qui a indiqué dans ses précédentes demandes d'affectation sur un poste adapté que son objectif était de revenir devant une classe

* l'affectation sur un poste adapté de longue durée ne peut être accordée car ce dispositif est réservé aux personnes dont l'état de santé est stabilisé, ce qui n'est pas le cas de la requérante.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée sous le numéro 2502389, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Bris, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Le Bris a lu son rapport au cours de l'audience publique tenue le 10 septembre 2025 en présence de Mme Berland, greffière d'audience, et entendu les observations de Mme A, pour le rectorat de l'académie de Poitiers, qui reprend son argumentation en défense et insiste sur le fait que la requérante ne pouvait plus bénéficier d'un renouvellement de son affectation sur un poste adapté de courte durée, qui est limité à trois ans, et ne pouvait pas non plus prétendre à une affectation sur un poste de longue durée, dès lors que son état n'est pas stabilisé.

Par une ordonnance du 10 septembre 2025, la clôture de l'instruction a été différée au 11 septembre 2025 à 12h00.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, professeure des écoles affectée dans le département de la Charente, a été placée en congé de longue maladie, puis de longue durée, du 5 mars 2015 au 4 septembre 2016 puis du 31 août 2020 au 31 juillet 2022. Elle a ensuite été affectée comme correctrice au CNED, dans le cadre des dispositions de l'article R. 911-12 du code de l'éducation, sur un poste adapté de courte durée. Le 19 décembre 2024, Mme B a sollicité le maintien de son affectation au CNED et, par un courrier du 11 avril 2025, le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de Charente l'a informé qu'il émettait un avis défavorable à sa demande et qu'elle devait s'inscrire dans le mouvement de mutation intra-académique. Mme B a formé un recours auprès du recteur d'académie contre cette décision, en précisant qu'elle sollicitait son affectation au CNED sur un poste adapté de longue durée. Le refus qui lui a été opposé a toutefois été confirmé par un courrier du 18 juin 2025 et, par une décision du 10 juin 2025, elle a été affectée sur un poste à l'école maternelle Félix Gaillard de Barbezieux. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au juge des référés de suspendre l'exécution de ces trois décisions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une mesure de suspension de l'exécution d'un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l'exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Il résulte de l'instruction et notamment du certificat établi par un praticien hospitalier le 23 décembre 2024, que Mme B est atteinte d'une maladie hématologique maline incurable, actuellement en rémission mais dont la rechute est inévitable, et qu'elle doit être considérée comme immunodéprimée. Dans ces conditions, alors que ces éléments ne sont pas contestés par l'administration, qui n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle aurait consulté le médecin de prévention avant de rejeter la demande, et quand bien même la requérante a pu bénéficier d'un mi-temps thérapeutique dans le cadre de son affectation à l'école maternelle de Barbezieux, les décisions contestées, qui ont pour conséquence de mettre l'intéressée en contact rapproché avec de jeunes enfants au moins deux jours par semaine, doivent être regardée comme portant une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition tenant à l'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit satisfaite.

En ce qui concerne le moyen susceptible de créer un doute sérieux

5. Aux termes de l'article R. 911-12 du code de l'éducation : " Les personnels enseignants des premier et second degrés (), lorsqu'ils sont confrontés à une altération de leur état de santé, peuvent solliciter un aménagement de leur poste de travail ou une affectation sur un poste adapté, dans les conditions prévues aux articles R. 911-15 à R. 911-30 ". Aux termes de l'article R. 911-15 du même code : " L'aménagement du poste de travail est destiné à permettre le maintien en activité des personnels mentionnés à l'article R. 911-12 dans le poste occupé ou, dans le cas d'une première affectation ou d'une mutation, à faciliter leur intégration dans un nouveau poste ". Par ailleurs, l'article R. 911-19 de ce code prévoit : " L'affectation sur un poste adapté est destinée à permettre aux personnels mentionnés à l'article R. 911-12 de recouvrer, au besoin par l'exercice d'une activité professionnelle différente, la capacité d'assurer la plénitude des fonctions prévues par leur statut particulier ou de préparer une réorientation professionnelle. Elle est de courte ou de longue durée en fonction de leur état de santé. ". Enfin, aux termes de l'article R. 911-22 de ce code : " L'affectation sur un poste adapté de courte durée est prononcée pour une durée d'un an, renouvelable pour une durée égale, dans la limite maximale de trois ans. / L'affectation sur un poste adapté de longue durée est prononcée pour une durée de quatre ans renouvelable. "

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'un enseignant, à la suite de l'altération de son état physique, peut solliciter un aménagement de son poste de travail. Il appartient alors à l'autorité administrative compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de rechercher si sa demande peut être satisfaite compte tenu des nécessités du service. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Il n'en va autrement que si l'état de santé du fonctionnaire le rend totalement inapte à l'exercice de toute fonction administrative.

7. Il résulte de l'instruction que, d'une part, pour motiver son refus d'affecter Mme B sur un poste adapté de longue durée, ainsi que cette dernière en a clairement fait la demande dans son recours administratif du 21 avril 2025, l'administration s'est bornée à indiquer " une priorité aux soins est recommandée " et que, d'autre part, elle n'a pas, dans le cadre de la présente instance, fait état d'une nécessité de service ni contester les éléments médicaux produits par la requérante pour justifier ses décisions. Par suite, les moyens tirés de ce que la requérante n'a pas été mise à même de comprendre les motifs du refus qui lui a été opposé, et de ce que les décisions contestées sont, dans les circonstances de l'espèce, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sont de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus d'affectation sur un poste adapté de longue durée et de la décision d'affectation sur le poste de professeur des écoles à l'école maternelle de Barbezieux.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions contestées des 11 avril, 18 juin et 10 juin 2025.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

10. La présente ordonnance implique nécessairement que la demande de Mme B d'être affectée sur un poste adapté de longue durée soit réexaminée, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à trois semaines.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des décisions des 11 avril et 18 juin 2025 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de Charente a refusé d'affecter Mme B sur un poste adapté de longue durée ainsi que l'exécution de la décision du 10 juin 2025 par laquelle il a affecté celle-ci à l'école maternelle de Barbezieux est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au directeur des services départementaux de l'éducation nationale de Charente de statuer à nouveau sur la demande de Mme B dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à C B et à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera adressé au recteur de l'académie de Poitiers.

Fait à Poitiers, le 15 septembre 2025.

La juge des référés,

Signé

I. LE BRIS

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. MADRANGE

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