Le Tribunal administratif de Poitiers, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme B... qui contestait l'obligation d'adhérer à la mutuelle collective de son employeur, le ministre de la justice. La requérante invoquait notamment une atteinte au principe d'égalité et une discrimination indirecte, mais n'a pas précisé le fondement juridique de sa demande (L. 521-1, L. 521-2 ou L. 521-3 du code de justice administrative). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la seule perspective d'un prélèvement sur salaire en janvier 2026 ne suffisant pas à la caractériser. En conséquence, la requête a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 janvier 2026, Mme A... B... conteste devant le juge des référés l’obligation qui lui est faite d’adhérer à la mutuelle collective mise en place par son employeur, le ministre de la justice, et demande à être dispensée de cette obligation.
Elle soutient que :
- l’obligation qui lui est ainsi faite est contraire au principe d’égalité de traitement des agents publics et constitue une discrimination indirecte fondée sur le statut matrimonial, qu’il s’agit d’une vente forcée et qu’elle se trouve contrainte de communiquer des données personnelles, en méconnaissance de la loi informatique et liberté du 6 janvier 1978 ;
- l’urgence est constituée car le montant de l’adhésion à cette mutuelle sera prélevé sur sa rémunération à compter du mois de janvier 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes de son article L. 521-2 : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Aux termes de son article L. 521-3 : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision ».
2. Il résulte des dispositions du titre II du livre V du code de justice administrative, et notamment des articles L. 521-1, L. 521-2, L. 523-1 et R. 522-5, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes de celles applicables aux demandes présentées simultanément sur le fondement de l’article L. 521-2. Par suite, elles ne peuvent être présentées simultanément dans une même requête. A défaut pour le demandeur de préciser lequel de ces articles il entend invoquer, il appartient au juge saisi de préciser la portée de la demande au vu de tous les éléments d’appréciation dont il dispose. Constituent des critères d’interprétation de la demande les termes des conclusions, l’ensemble de l’argumentation ou la circonstance qu’aucune requête en annulation ou en réformation d’une décision administrative n’a été présentée. Aux termes de l’article R. 522-1 du code de justice administrative : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit contenir l’exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l’urgence de l’affaire. / (…) ». En vertu de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
3. Mme B... sollicite l’intervention en urgence du tribunal afin d’être dispensée de l’obligation qui lui est faite d’adhérer à la mutuelle collective mise en place par son employeur, le ministre de la justice. Toutefois, elle ne précise pas dans ses écritures sur quel article du code de justice administrative elle entend fonder une telle demande. En tout état de cause, elle n’a pas déposé de requête au fond tendant à l’annulation du refus implicite de la dispenser de cette obligation, et elle ne justifie pas, en se bornant à faire valoir que le montant de l’adhésion à cette mutuelle sera prélevé sur sa rémunération à compter du mois de janvier 2026, d’une urgence à statuer sur sa situation, que ce soit sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de l’article L. 521-3 du même code, ou encore moins de l’article L. 521- 2 dudit code, lequel exige une urgence caractérisée et à très bref délai en vue d’assurer la sauvegarde d’une liberté fondamentale. Dès lors, sans qu’il soit besoin de préciser la portée de la requête de Mme B..., il ne peut qu’être constaté que celle-ci ne satisfait pas à la condition d’urgence requise en matière de référé. Il y a lieu, par suite, de la rejeter selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :
La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B...
Fait à Poitiers, le 7 janvier 2026.
La présidente,
Signé
I. LE BRIS
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière de chambre
Signé
D. MADRANGE