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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100081

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100081

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ELBAZ-LOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 janvier 2021, le 30 août 2021, le 20 février 2022 et le 25 mai 2022, Mme C E, représentée par Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2020 par lequel le maire de la commune de Sarroux-Saint-Julien a délivré un permis de construire à M. A en vue de la construction d'un hangar agricole ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sarroux-Saint-Julien une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête a été introduite dans le délai de recours contentieux ;

- elle a intérêt à agir ;

- les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été respectées dès lors que le recours contentieux a été notifié à la commune et au pétitionnaire par lettres recommandées avec accusé de réception du 15 janvier 2021, réceptionnées le 18 janvier 2021.

- le dossier de demande d'autorisation était incomplet en l'absence de récépissé de dépôt de déclaration initiale d'une installation classée relevant du régime de déclaration au titre des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'arrêté du 27 décembre 2013, le projet de construction se situant à moins de 100 mètres des habitations voisines ;

- le projet de construction méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'arrêté du 27 décembre 2013 ; le projet de construction se situe en zone urbanisée et ne respecte pas, compte-tenu de ses caractéristiques l'obligation d'insertion paysagère ; le hangar existant et transformé en stabulation dont se prévaut la commune n'est pas visible du village ni de la route d'accès au village ; la modification de l'implantation du panneau d'entrée dans le hameau est sans incidence ; non plus le fait que les exploitations agricoles soient aujourd'hui de plus grandes tailles ; le projet peut être implanté sur une autre parcelle appartenant au pétitionnaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mars 2021 et le 29 mars 2022, la commune de Sarroux-Saint-Julien, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas intérêt à agir ;

- aucune des moyens soulevés par Mme E n'est fondé.

Par des mémoires enregistrés le 11 mars 2021, le 20 septembre 2021 et le 23 mars 2022, M. A, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme E la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'il subit.

Il fait valoir que :

- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;

- le préjudice en raison du retard de construction et de la perte de revenu sur la production d'électricité résultant de la requête tendant à l'annulation du permis de construire contesté s'élève à 2 000 euros.

Par ordonnance du 9 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Siquier,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lambert, représentant la commune de Sarroux-Saint-Julien.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'annulation du permis de construire :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 512-8 du code de l'environnement : " Sont soumises à déclaration les installations qui, ne présentant pas de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts visés à l'article L. 511-1, doivent néanmoins respecter les prescriptions générales édictées par le préfet en vue d'assurer dans le département la protection des intérêts visés à l'article L. 511-1 ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " Les installations visées à l'article L. 511-1 sont définies dans la nomenclature des installations classées établie par décret en Conseil d'Etat, pris sur le rapport du ministre chargé des installations classées, après avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Ce décret soumet les installations à autorisation, à enregistrement ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation. () ". Selon l'annexe 3 à l'article R. 511-9 du code de l'environnement, les élevages de veaux de boucherie et/ou bovins à l'engraissement relèvent de la rubrique 2101 de la nomenclature et sont soumis à déclaration lorsqu'ils comptent de manière simultanée de 50 à 200 animaux. Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque les travaux projetés portent sur une installation classée soumise à enregistrement ou déclaration en application des articles L. 512-7 et L. 512-8 du code de l'environnement, la demande de permis de construire doit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande d'enregistrement ou de la déclaration. ".

2. Si le pétitionnaire a tout d'abord mentionné dans sa demande de permis de construire qu'il possédait 145 vaches allaitantes et qu'il " [n'était] pas soumis aux ICPE ", il ressort des pièces que M. A élève au total 145 vaches qui donnent naissance à 125 broutards. Par suite, il appartenait au pétitionnaire, dont le projet de construction était soumis aux dispositions précitées relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) de joindre à sa demande de permis de construire, une déclaration initiale d'une ICPE relevant du régime de déclaration. En l'espèce, le permis de construire contesté du 4 août 2020 vise le récépissé de dépôt de déclaration initiale délivré au pétitionnaire le 24 juillet 2020 sur lequel est porté le numéro de demande de permis de construire. Par suite, en dépit du fait que M. A, avait apporté la mention erronée apposée sur l'imprimé de demande de permis de construire et dès lors qu'il a effectivement déposé une déclaration initiale d'une installation classée relevant du régime de déclaration au titre des ICPE lors de sa demande de permis de construire, le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire était incomplet en l'absence d'un tel dépôt de déclaration initiale manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du 2-1 de l'annexe I de l'arrêté du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables à une ICPE soumise à déclaration sous la rubrique n° 2101, si les bâtiments d'élevage et leurs annexes sont implantés à une distance minimale de 100 mètres des habitations ou locaux habituellement occupés par des tiers, cette distance peut être réduite à 50 mètres lorsqu'il s'agit de bâtiments d'élevage de bovins sur litière accumulée.

4. En l'espèce, le projet de construction consiste en la construction d'un hangar agricole d'une surface de 2 118 mètres carrés servant au stockage du matériel agricole et servant de stabulation recevant des bovins sur aire paillée ainsi qu'à la production d'énergie par l'installation sur la toiture côté sud de panneaux photovoltaïques. Comme il a été dit au point 2 du jugement, l'exploitation compte moins de 200 bovins. Dès lors, la distance entre le bâtiment projeté et les habitations habituellement occupées par des tiers peut être réduite à 50 mètres. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire méconnaitrait les dispositions de l'arrêté du 23 décembre 2013, le projet se situant à moins de 100 mètres des habitations voisines, doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article 2-2 de de l'arrêté du 27 décembre 2013 susmentionné : " L'exploitant prend les dispositions appropriées qui permettent d'intégrer l'installation dans le paysage. L'ensemble des installations et leurs abords, placés sous le contrôle de l'exploitant sont aménagés et maintenus en bon état de propreté. ".

6. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte-tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. Il ressort des pièces du dossier, que le secteur d'implantation du projet est constitué de bocages qui ne présentent pas de particularité et ne fait l'objet d'aucune protection spécifique et que le bâtiment projeté se situe à proximité immédiate d'autres bâtiments agricoles appartenant à l'exploitation de M. A. Il ressort de la notice d'insertion que la construction ne nécessitera pas de mouvements de terrain significatifs, cherchant à épouser le terrain existant. Il est précisé que les espaces libres conserveront leur dominante végétale et que les plantations en bordure seront conservées. Si la requérante fait valoir que le bâtiment, de par sa taille et son aspect volontairement simple ne peut s'insérer dans le paysage, elle ne l'établit pas par les pièces et par les photographies qu'elle produit dès lors qu'elles confirment que le terrain est en pente et qu'elles révèlent qu'il est entouré de végétation. Le fait qu'un autre bâtiment agricole, situé à un autre endroit soit de taille significativement différente est sans incidence sur l'intégration paysagère. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement contester le choix par le pétitionnaire du site d'implantation dès lors qu'il incombe à l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme de se prononcer au seul vu des règles d'urbanisme. Enfin, les plans et photographies produites au soutien du dossier de permis de construire, comportant notamment des vues relativement éloignées et une vue en élévation permettent d'apprécier de façon suffisante l'insertion du projet dans son environnement et ne démontrent pas que le bâtiment ne s'insèrerait pas dans le paysage au regard de sa taille, de son aspect, de l'implantation de panneaux photovoltaïques sur la partie sud du toit ou qu'il imposerait une végétalisation particulière qu'aurait dû imposer le maire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 2-2 de l'arrêté du 27 décembre 2013 ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions tendant à l'annulation l'arrêté du 4 août 2020 par lequel le maire de la commune de Sarroux-Saint-Julien a délivré un permis de construire à M. A en vue de la construction d'un hangar agricole doivent être rejetées.

Sur la demande indemnitaire de M. A :

9. Si M. A demande à être indemnisé du préjudice qu'il déclare subir au motif de la perte d'exploitation due au retard pris dans la construction du bâtiment projeté, il ne produit à l'appui de sa demande aucun élément de nature à justifier d'une perte d'élevage ni de la conclusion d'un contrat de revente de sa production électrique. Par suite, et en tout état de cause, sa demande ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Sarroux-Saint-Julien, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme à Mme E au titre des frais liés au litige.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme E est rejetée.

Article 2:Les conclusions de la commune de Sarroux-saint-Julien au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Les conclusions de M. A tendant à la réparation du préjudice qu'il déclare subir sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à la commune de Sarroux-Saint-Julien et à M. A.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. DELAGE

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. DELAGE

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