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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100167

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100167

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100167
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation2ème chambre
Avocat requérantERHARD MARINNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2021, M. D alias C A, représenté par Me Erhard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 janvier 2021 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans la commune de Limoges pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'assignation à résidence en litige :

- est signée par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- est dépourvue de motivation ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la perspective raisonnable de son éloignement au sens de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D, alias A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 3 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, reconnu le 14 octobre 2020 par les autorités algériennes comme étant M. E D, ressortissant algérien né le 30 août 1993 à Mascara (Algérie) et se disant M. C A ressortissant marocain né le 30 août 2000 à Oujda (Maroc), est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en 2019 en France. Il a été interpellé en possession de stupéfiants le 21 janvier 2020, circonstance qui a révélé sa situation irrégulière sur le territoire, et qui a conduit le préfet de la Haute-Vienne, par deux arrêtés du 22 janvier 2020, à l'obliger à quitter le territoire, lui interdire le retour durant un an et fixer le pays de destination, d'une part, d'autre part l'assigner à résidence à Limoges pour une durée de six mois. Interpellé de nouveau le 31 janvier suivant en possession de stupéfiants, il a été convoqué en justice le 1er février 2020 pour le 4 septembre 2020. Le préfet a renouvelé l'assignation à résidence le 24 juillet 2020. Après sa reconnaissance par les autorités algériennes, le préfet de la Haute-Vienne l'a de nouveau assigné à résidence le 25 janvier 2021 et, le 8 février 2021, a repris à son encontre une obligation de quitter le territoire français et une décision fixant le pays de destination. Par un jugement n°2100263 du 25 mars 2021, le président du tribunal a rejeté le recours en annulation de M. D, alias A contre ces dernières mesures. M. D, alias A demande l'annulation de l'assignation à résidence du 25 janvier 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 10 novembre 2018, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2018-101 de la même date, " à l'effet de signer tous arrêtés, conventions, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat () ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. M. D, alias A n'allègue pas même que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. D, alias A sur lesquelles il se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre exhaustivement tous les éléments de la situation de fait de l'intéressé, est, dès lors, suffisamment motivée notamment au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.

4. Enfin, à la date de la décision en litige, à laquelle s'apprécie sa légalité, s'il était acquis qu'aucun étranger contaminé par le virus covid-19 ne pouvait faire l'objet d'un éloignement tant qu'il demeure malade et contagieux, il n'apparaissait pas que les perspectives d'éloignement effectif du territoire d'un étranger retenu, une fois guéri, seraient, par principe, inexistantes. En se bornant à invoquer, sans plus de précisions, l'état de crise sanitaire alors en cours et la circonstance que M. D, alias A, qui ne peut utilement, alors qu'il a été reconnu ressortissant algérien par les autorités de son pays d'origine, se prévaloir de l'utilisation de son fait d'un alias en vue de faire échec à l'organisation de son éloignement, est dépourvu de documents de voyage pour le Maroc, pays dont il n'établit pas être originaire, celui-ci n'est pas fondé à soutenir qu'aucune perspective raisonnable de son éloignement, au sens de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il invoque, n'existait durant la période de six mois que se donne la décision du 25 janvier 2021 pour emporter ses effets.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. D, alias A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Il suit de là que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. D, alias A au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D, alias A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. E D, alias M. C A, et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Josserand-Jaillet, président honoraire de tribunal administratif,

- Mme Siquier, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le rapporteur,

D. F

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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