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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2117794

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2117794

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2117794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantADJACOTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 21 et

30 décembre 2021 et 31 mars 2022, M. B A, représenté par Me Stanic Adjacotan, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer sans délai une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans porte à sa vie privée une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 13 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023, à 12h.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du préfet de la

Seine-Saint-Denis du 23 novembre 2021 en tant qu'il informe M. A du signalement aux fins de non-admission dans l'espace Schengen dont il fait l'objet, dès lors que cette information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 10 septembre 1988 à Bamako (Mali), a sollicité le 17 août 2020 le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui lui avait été délivrée en sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 23 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ".

3. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est signé par le préfet de la Seine-Saint-Denis, nommé par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le lendemain au Journal officiel de la République française (texte n° 59), et installé dans ses nouvelles fonctions à compter du 19 juillet 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté ne pourra qu'être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-7 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que M. A est célibataire et père d'un enfant français dont il n'a pas la garde, que son comportement constitue une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné à une peine de 5 mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris

le 3 juin 2019 pour des faits de violences sans incapacité sur son ex-conjointe, et que sa présence en France est récente. La décision attaquée précise que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. En outre, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français dont est assortie la décision, dûment motivée, portant refus de délivrer un titre de séjour à M. A, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. L'arrêté attaqué vise également l'article L. 612-1 du même code, relatif au délai dont dispose l'étranger pour quitter le territoire français, ainsi que l'article L. 721-3, relatif au pays de destination, et mentionne que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. S'agissant enfin de l'interdiction de retour sur le territoire français, la décision en litige mentionne, en droit, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise, en fait, l'examen de la situation de l'intéressé au regard de l'article L. 612-10 du même code, lequel mentionne les quatre critères dont l'autorité compétente doit tenir compte pour décider de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, l'arrêté attaqué mentionne les éléments relatifs à la situation de l'intéressé qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 432-2 : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire ".

8. Il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " de M. A au double motif que, d'une part, sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public de nature à faire obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que, d'autre part, n'ayant plus la garde de son enfant, lequel vivait avec sa mère, l'intéressé ne satisfaisait plus aux conditions énoncées à l'article L. 423-7 pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français.

9. S'agissant du premier motif de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 3 juin 2019 à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 19 décembre 2018. Compte tenu de la nature et de la gravité de cette infraction, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a estimé que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public de nature à faire obstacle à la délivrance du titre de séjour sollicité.

10. En outre, si M. A soutient que l'arrêté litigieux méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le premier motif tiré de ce que la présence en France de

M. A constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, à supposer même que l'arrêté litigieux ait été pris en méconnaissance de l'article L. 423-7 précité, cela ne saurait suffire, eu égard au caractère surabondant de ce second motif, à entraîner son annulation pour excès de pouvoir.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. M. A, célibataire, se prévaut de sa présence en France depuis plus de cinq années, de la circonstance qu'il est le père d'un enfant français à l'éducation et à l'entretien duquel il contribue, et de ses efforts pour travailler afin de subvenir aux besoins de son enfant. Toutefois, il ne justifie ni de la réalité et de l'intensité des liens affectifs entretenus avec ce dernier, alors qu'il ressort du jugement précité de la juge aux affaires familiales que l'enfant de M. A, âgé de 4 ans à la date de la décision attaquée et résidant dans un autre département que lui, " ne connaît pas ou peu son père qu'il a peu vu depuis sa naissance ", cette circonstance faisant obstacle à ce que M. A accueille son enfant à son domicile. Par ailleurs,

M. A ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française et, s'agissant plus particulièrement de son activité professionnelle, il ne justifie que d'un contrat de travail à durée déterminée à temps partiel du 20 novembre 2018 au 31 décembre 2019, pour occuper un emploi d'agent d'entretien, et de quelques missions d'intérim à la fin de l'année 2020 et en 2021. En outre, M. A n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales au Mali, pays dans lequel il a vécu jusqu'à ses 30 ans selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué. Enfin, la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable au renouvellement du titre de séjour du requérant en relevant la gravité de la condamnation pénale dont il a fait l'objet et son absence de projet professionnel, Dès lors, le préfet, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

13. En sixième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

14. En l'espèce, si M. A justifie contribuer à l'entretien de son enfant à la date de l'arrêté attaqué, il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de la réalité et de l'intensité des liens affectifs entretenus avec ce dernier ainsi qu'il a été dit précédemment. En outre, il a été condamné pour des faits de violences commis sur la mère de son enfant. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas omis de prendre en compte l'intérêt supérieur de son enfant avant de statuer sur la demande de M. A et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfants.

15. En dernier lieu, pour les motifs mentionnés au point 12, le requérant n'est pas fondé que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans porte une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard du but pour laquelle elle a été prise.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

La rapporteure,

N. D

Le président,

M. C

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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